- La Légende des Varpouilles
- ou
- le Pléiosaure en fureur
- Adaptation en vers français du poème jurassique
- transmis à la postérité par le Saint à Fillâtré.
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- Aucun lettré n'ignore qu'au XIV° siècle, le Saint à Fillâtré, sur la vie et
les uvres de qui M. Dagonet Boni a écrit une intéressante notice, découvrit, par
un hasard miraculeux, un manuscrit d'une valeur inestimable qu'il reconnut appartenir à
l'époque jurassique.
- ...On n'avait alors, sur les être des périodes primitives ou préhistoriques, que des
notions imparfaites ou fausses, et les sapientes gens échafaudaient à ce propos les
hypothèses les plus absurdes, sans fondement aucun. La découverte de ce manuscrit devait
ouvrir, avec une ère nouvelle, la voie aux recherches paléontologiques.
- ...C'était, en sept chants et dans la forme épique, l'histoire du combat que
soutinrent en des temps légendaires les sept apôtres du bien (les Varpouilles) contre
les sept puissances du mal ; ils en triomphèrent après une lutte furieuse, dont les
actuels conflits de peuples ne donnent qu'une bien faible idée.
- ...Il faut admettre chez les grand Saint un véritable dédoublement de l'âme pour
comprendre comment il parvint à s'assimiler si complètement une philosophie plus
abstraite et une poésie plus "ultra-violette" que celle de l'antique Orient. Et
il faut bien croire à une intervention mystique, car le sens profond du poème jurassique
n'était pas adéquat aux ordinaires facultés humaines.
- ...Toujours est-il que cet admirable illuminé édifia sur ces bases surhumaines une
véritable religion, dont l'essence est tout entière infuse dans les Acâpissements
Mystiques et le Catéchisme d'un Acâpi.
- ...Bornons ici cet historique trop sec et trop bref. Il suffit pour montrer au lecteur
qu'aucune traduction en français de la Légende des Varpouilles ne peut être
retenue jusqu'ici. Il fallait une certaine hardiesses pour oser en entreprendre une en
vers : notre illustre ami l'a tenté et y a réussi avec une telle maîtrise que je doute
qu'aucun aprsè lui s'amuse à enfoncer une porte ouverte. En des vers harmonieusement
ciselés, il est parvenu à suivre la pensée du poème jurassique, jusqu'en ses nuances
les plus ténues ; l'uvre qu'on va lire, vrai régal de lettré et de savant,
demeurera éternellement comme un monument irrégragable élevé à l'art balámite par le
génie français.
- Rémy Bouchette,
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- de l'Institut.
- (René Le Bozec dans la vie sublunaire.)
- extraits de la Légende des Varpouilles :
- A la table royale, on parlait, on jappait,
- On avait de charmants sourires ; les prunelles
- S'humectaient. C'est si beau, ces gloires fraternelles,
- L'alliance bourrue et l'élégant courroux !
- On mangea des serpents des blés, des kabarous
- En marmelade, des crénons incalculables.
- On but des liqueurs d'ambre ayant, au préalable,
- Dormi quatre-vingts ans dans les celliers hautains ;
- Et, les vins étant blancs, les pots étaient d'étain.
- Au dessert, la Fantasque, ayant levé son verre,
- Parla ainsi, tantôt drôle, tantôt sévère :
- "Les sombres tigres, je veux dire les Barbaks,
- Si l'on ne leur répond, Messieurs, du tac au tac,
- Menacent d'engloutir les plus belles murailles.
- L'un (dit-elle avec un sourire), l'un nous raille ;
- L'autre sur un fauteuil met son linge à laver ;
- Celui-ci croit avoir tout dit quand, l'il crevé,
- Il a gémi : "Je suis le réservoir des moules."
- Mais ne croyez-vous pas, Messieurs, et vous, ô foules,
- Qu'ils ont, un petit peu, oublié, les gredins !
- Que, malgré la bénignité de leurs jardins
- (Ici l'on rit beaucoup), nous avions dans nos cribles
- Des arrosoirs de nacre et des paniers terribles ?"
- (Sensation.) "Oh ! oh ! s'exclama-t-elle alors,
- Il faut qu'ils aient vraiment juré d'être bien forts
- Pour oser se permettre un tel dévergondage !
- C'est à peine jadis si, quand ils étaient d'âge
- A chanter, ils ôtaient devant nous leurs chapeaux.
- Puis ils prirent des airs arrogants ; sur leurs peaux
- De chamois ils portaient les plus nobles insignes ;
- On voyait sur leurs reins les plumages des cygnes.
- Maintenant on croirait que nous n'existons plus !
- Nains, Cocos, Korns et Föf-Zérébuyls sont exclus
- De leurs fêtes ; pour nous, les Varpouilles, sans doute
- Ils sont un peu moins noirs et moins laids : ils redoutent,
- Voyez-vous, les poisons dont nos balais sont teints.
- Mais, à considérer les pas qu'ils font, mâtin,
- Messeigneurs ! ils auront tout fait bouillir et frire
- Avant que l'on ait eu même le temps d'écrire !
- Ah ! crescendo sinistre et déconcertant !"
- Tous
- Les convives se regardèrent, et les trous
- De leurs yeux avaient l'air de gouffres d'épouvante.
- On entendait voler les tribizzes. Savante
- Dans l'art d'électriser les foules et les rois,
- La Fantasque reprit sur un ton calme et froid :
- "Tout cela serait vrai si, bien impardonnables,
- Nous n'avions pas vu clair dans leur jeu. Quand ces tables
- Ne porteront plus aucun mets, nous irons voir
- Les machines de guerre, et malgré tout, l'espoir
- Le plus profond naîtra dans vos curs magnanimes.
- Car notre expérience est grande, et votre estime,
- Nobles amis, je crois que nous la méritons."
- Cela fut dit avec un air de mironton
- Qui fit que tous enfin respirèrent à l'aise.
- Dès que tout eut été mangé, la terre glaise,
- Les Kabiris sucrés, les archéoptéryx,
- Les trilobites d'or, les mélanges d'onyx
- Et de monocotylédones, les monères
- Enfin et les capilotades centenaires,
- Que tout fut bu, la seccotine, l'argouzac
- Et les eaux de javel qu'on servait en des sacs,
- Tous allèrent au grand garage où les machines
- Guerrières prélassaient leurs rugueuses échines
- "Splendeur !" dit en entrant la princesse des Korns.
- Puis, prise tout à coup par le dieu Maligorn
- Qui se plaît à gonfler les poumons élastiques :
- "Aïaschoûhh ! cria-t-elle en syllabes antiques,
- Ils sont foutus, les noirs Barbaks ! ils sont foutus,
- Les noirs Barbaks ! Approche, ô Fille-des-Vertus.
- Explique-moi ces belles choses, ces lobures
- Huileuse, ces goushops aux traînantes guipures,
- Ces grands xide-anisaux bien tarabiscotés...
- Tout m'intéresse, tout m'enthousiasme ! Té !
- Ma bonne ! ce n'est pas une époque vulgaire
- Que celle qui peut voir ces machines de guerre !
- Cela m'enchante d'être en un lieu si grincheux !"
- Alors, avec cet air tant oléagineux
- Qui la fit remarquer plus tard des Zéloÿtes,
- La Fille-des-Vertus, tressaillant des orbites,
- Expliqua pour chacun le mécanisme et les
- Subtilités des instruments bien étalés.
- On s'arrêta surtout devant la Grande Bourde,
- C'était un assemblage irresponsif et gourde
- De disdoptqedvs, de qjimotoqjes, de vjiessys
- Et de Doppaîvs, fuligineux, incirconcis,
- Bestial, si l'on veut, mais combien pathétique !
- Tous furent bien heureux de voir, comme un triptyque,
- Tourner les trois barnavs autour des quatre zrogs.
- Bayoûl, tout en prenant avec grâce un vieux grog,
- Exprima la satisfaction des convives :
- "C'est, dit-il, le plus beau des renversements ! Vivent
- Les Varpouilles ugénivores, les vaillants
- Redresseurs, les purs assembleurs émollients !
- Gloire aux Varpouilles aux beaux noms, ces constructrices
- De merveilleux atours que nuls temps ne flétrissent !"
- Tous répétèrent : "Gloire aux Varpouilles!"
- Ainsi
- Se termina ce grand banquet si peu moisi.
- Sixième excentricité
- La lutte occigênée
- La plaine était profonde et le ciel était vaste.
- Comme l'ichtyosaure en sa fureur dévaste
- Le funèbre plateau qui vit naître Hyogap,
- L'orage trémoussait sur la lande et le cap
- Les cyclones issus de sa panse bourrue.
- Baratourouff s'élance et Moshilob se rue.
- Moshilob est pour les Barbaks, Baratourouff
- Pour les Varpouilles.
- Revêtu d'un waterproof,
- Le roi Bayoûl, errant sur la plaine terrible,
- Cherchait, tout en fumant sa pipe inérectible,
- Un lieu sûr où placer ses chers Föf-Zérébuyls.
- Mais les Barbaks, me direz-vous, où donc sont-ils ?
- Regardez tout au fond de l'horizon de cuivre :
- Par delà la noirceur que nul il ne peut suivre,
- Vous voyez des points noirs infinitésimaux.
- Ce sont leurs affreux pieds, leurs sabots de grimauds,
- Qui font des taches sur le ciel ! Les sombres diables !
- Tout le reste est caché dans la nue effroyable.
- Ashou ! barting ! piyân ! Clartés sur la hauteur.
- Voici venir, avec un bruit dévastateurs,
- Les Nains, les Korns et les Cocos. Grognante armée !
- Leurs boucliers sont bruns, leurs armes sont lamées,
- Leurs ceinturons ont l'air d'être les ronds de Qrokh.
- Sè-Pokèk, plus joli, plus ravissant qu'un roc,
- A le commandement de ces trois grandes foules.
- L'ombre s'enfle à l'entour comme de larges houles,
- Car toute la nature est en proie au combat.
- C'est horrible, mais c'est fameux ! Du haut en bas,
- C'est un tumulte, une folie orthopédiques.
- ...............................
- Bidô-Nan (Jacques Heugel dans la vie sublunaire)
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- Alexandre prince des Cocos, ou un amour distordu.
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- (Un drame anéantissant, dit l'auteur) extraits :
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- Acte IV
- La suprême tentative
- La scène représente un coin du plateau d'Hyogap. Site âpre, farouche. Peu de
végétation. Au premier plan, à droite, dans la paroi rocheuse, l'entrée, assez large,
d'une grotte. Vers le fond, le sol s'élève en un monticule hérissé de rochers aigus.
De là, l'il peut, sans doute, embrasser toute l'étendue du plateau d'Hyogap. Au
fond, à gauche, on aperçoit une petite portion de ce qui deviendra le champ de bataille.
Pendant tout l'acte, un grand bruit emplit les airs : cyclones variés, fracas
lointain, cliquetis d'armes, et la multitude des rumeurs sui generis.
- Scène I
- Bayoûl, Phonogaste, une troupe de soldats fóf-zérébuyls.
- Ce n'est pas encore le jour. Bayoûl entre par la gauche. Il est suivi d'une soixantaine
de soldats fóf-zérébuyls commandés par Phonogaste. Il a la pipe à la bouche, un
waterprooof sur les épaules.
- Bayoûl, à Phonogaste.
- Votre troupe sera céans en sûreté.
- Vous attendrez ici l'ordre du sam Hulté.
- Phonogaste.
- Bien sire.
- (A ses hommes :)
- Pas de bruit.
- Il les fait pénétrer dans la grotte.
- Bayoûl.
- Suivez-moi, Phonogaste.
- Suivi de l'officier, Bayoûl gravit l'éminence. Du sommet, il considère l'immense
étendue déserte qui commence à pâlir aux premiers reflets de l'aube. Il s'écrie :
- Que la plaine est profonde et que le ciel est vaste !
- C'est ici que naquit le sinistre Hyogap.
- Troupkina fait bondir sur la lande et le cap
- Les cyclones issus de sa panse bourrue.
- Baratourouff s'élance et Moshilob se rue.
- Moshilob est pour les Barbaks, Baratouff
- Pour les Varpouilles.
- (A Phonogaste :)
- Vîtes-vous mon waterproof,
- Phonogaste ? Il est tout à fait imperméable.
- Phonogaste.
- Sire, c'est un très beau waterproof, agréable
- A porter par un temps pareil.
- Bayoûl.
- Oui.
- (Après un moment :)
- Le combat
- S'annonce crapouillard, et, du haut jusqu'en bas,
- Le monde entier sera bousculé. Tout indique
- Que ce tumulte fou va être orthopédique.
- Comment en pourrait-il être autrement ? Il est
- Des moments dans l'histoire anthropique où le laid
- Et le beau, le mauvais et le bon, l'illusoire
- Et le réel sont tellement contradictoires
- Que seul un grand combat où tout être est mêlé
- Est capable de rétablir l'ordre troublé.
- C'est bien un tel combat qui ce matin s'engage.
- Phonogaste.
- Voyez, sire, là-bas... tout là-bas... Quel langage
- Pourrait décrire un tel spectacle ? Les hauteurs
- S'éclairent. Regardez : voici, dévastateurs,
- Les Nains, les Korns et les Cocos. Grognante armée !
- Leurs boucliers sont bruns, leurs armes sont lamées,
- Leurs ceinturons ont l'air d'être les ronds de Qrokh.
- Bayoûl.
- Sè-Pokèk, plus joli, plus ravissant qu'un roc,
- Caracole à leur tête, à quelque cent semelles,
- Monté sur un superbe iguanodon femelle.
- Ce cher Pokèk ! qu'il est luisant ! qu'il est cossu !
- Qu'il est chic !
- Phonogaste.
- Il a mis son plus beau pardessus.
- Bayoûl, rêveur.
- Je n'oublierai jamais le jour où, non moins sage
- Que brave, il vint à bord de ma Fleur de Corsage...
- Il regarde de nouveau.
- Martingale le suit. Sa robe de satin
- Reflète la splendeur charmante du matin ;
- Belle, à califourchon sur un ptérodactyle
- Qui fait cliquetiquer ses ailes de reptile,
- Radieuse et plus claire à chaque pas qu'il fait
- Vers la gloire indicible et le succès parfait,
- Elle est l'expression de l'immortelle vie
- Chevauchant noblement la matière asservie.
- Les bataillons ont l'air d'étoiles dans les cieux.
- Le trésor des soleils, le pur, le glorieux
- Biey-Fuyr dont l'astronome explore en vain l'abîme,
- N'a pas tant de lumière agile, est moins sublime
- Que ces gros bataillons en fleurs, purs de tout trac.
- Phonogaste.
- Oh ! sire, le brouillard se lève sur le lac
- Des Tribizzes... Voilà votre yacht !
- Bayoûl.
- Qu'il me tarde
- D'être à son bord ! Voyez resplendir ses bombardes
- Et ses choux-fleurs d'étain, tout de neuf astiqués !
- Phonogaste.
- Quel élégant beaupré !
- Bayoûl.
- C'est du contreplaqué.
- Tous deux contemplent l'admirable spectacle.
- Phonogaste.
- Mais me direz-vous, sire, où sont les Barbaks ivres ?
- Bayoûl.
- Regardez tout au fond de l'horizon de cuivre :
- Vous voyez ces points noirs infinitésimaux ?
- Ce sont leurs affreux pieds, leurs sabots de grimauds
- Qui font des taches sur le ciel !
- Phonogaste.
- Les sombres diables !
- Bayoûl, après un temps, redescendant.
- Je descends dans la plaine. Il est indispensable
- Que je dise deux mots au sam Étroupiñon.
- Phonogaste.
- Vous suivrai-je, Seigneur ?
- Bayoûl.
- Non ; pour tout compagnon
- J'emporterai ma bonne pipe inérectible.
- Il sort par le fond gauche. Phonogaste le regarde s'éloigner, puis pénètre dans la
grotte.
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- extraits des Extraits de la presse :
- Du Ptérodactyle tétraèdre.
- Non moins cosmique se dresse le fnatôme plutôt ectoplasme de la Géante,
qui s'orne, dans l'ombre bientôt croulante, d'un organe chantant de lumière
radiesthésique. Je voudrais cerner davantage mon concept. La géante est une ouverture
sombre du firmament, un " sac à charbon" troublant, et pourtant tout de bonté.
S'y oppose cet autre fantôme, Poisson-d'Oiseau (nom plus que caractéristique), qui
semble d'édredon. Kuyte la piquante n'attaquera jamais Poisson-d'Oiseau ; c'est une des
vérités laissées divinement absconses par le poète. Poisson-d'Oiseau n'a rien
à redouter de la reine des Korns. Je n'en dirai pas autant de l'officier coco ! N'est-ce
pas que cela se sent ? ...Nous avons dans ce drame de la vie nettement prcécisée, mais
sans que jamais soit abolie la vie pénétrante et orbitante (et, même, exorbitante) de
ce qui ne se peut nommer sans qu'on l'outrage secrètement. (Opportune Anophèle.)
- Du Comprimé latin.
- Évidemment, c'est jurassique et, par conséquent, pré-celtique ; mais, par certains
points, c'est sacrément latin, n'en déplaise à l'auteur ! Gherlânn est un Néron de la
première heure ; son palais, c'est un pré-Colisée. D'autre part, Racine se retrouve
joliment d'ailleurs dans Kuyte (une Bérénice qui cherche désespérément
un introuvable Titus) et, l'oserai-je noter ? dans ce Phumié qui est un Thésée aigri de
n'avoir pas à combattre de Minotaure.
- (Joseph Tartebourde, de l'Académie Française.)
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