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François Fournier de Pescay 1771-1833 Les Cas rares extrait du dictionnaire des sciences médicales 1813 IIIe section. Cas rares parmi les maladies. Si dans létat physiologique lorganisation du cerveau présente rarement des anomalies remarquables, létat pathologique de cet organe en offre assez souvent de très-étonnantes et dont les plus graves tiennent quelquefois à des causes dont il est impossible de soupçonner lascendant. Cest ce dont il sera facile de se convaincre en parcourant les cas qui seront exposés dans cette section. Il y a quelques années quen écrivant sur les cas rares, on neût pas manqué dy classer cette affection qui se manifeste aux cheveux et qui est connue sous le nom de plique ; aujourdhui il est prouvé que cette maladie est endémique en Pologne; et quelle que soit la diversité des opinions sur sa cause, elle nen est pas moins commune dans les états polonais, et surtout dans la Lituanie. Comme on ne la jamais vue se manifester chez dautres Européens, à moins quils naient habité longtemps la Pologne, nous nen citeront point dexemples dans cet article. On lit, dans le recueil périodique de la société de Médecine de paris, quune ophtalmie était caractérisée par des ulcérations à la cornée : ces ulcérations coïncidaient avec la carie de plusieurs dents correspondantes : on imagina de faire lextraction de ces dents, et lophtalmie, les ulcérations guérirent spontanément, peu de jours après. Le docteur Forlenze, à qui lart de loculiste doit des recherches et des découvertes intéressantes, a rencontré dans ses dissections, à lHôtel-Dieu de Paris, une ossification de lil dont nous ne connaissons pas danalogue. Ce fut chez une femme âgée denviron trente-sqix ans ; la sclérotique était dans son état naturel ; liris, le cristallin et lhumeur vitrée étaient parfaitement ossifiés. Liris se distingue par une couleur dun brun noir ; le cristallin est dun brun plus clair et lhumeur vitrée à la blancheur et le poli de livoire. Le docteur Forlenze conserve cet il dans son cabinet. Le même oculiste a opéré, en ma présence, une cataracte où le cristallin fut trouvé parfaitement ossifié ; la membrane cristalloïde était opaque, mais ne participait point à la transformation du cristallin. Le malade recouvra la vue. Un jeune homme de Bruxelles fut opéré de la cataracte, par le docteur Forlenze ; après lex-traction du cristallin, le malade vit distinctement ; mais tout-à-coup il survint une hémorragie provenant de lanévrisme dune artère de la choroïde : cette hémorragie dura huit jours, après quoi lil tomba en suppuration. Une des variétés les plus rares de la cataracte est celle quon nomme vacillante ou branlante, ainsi désignée à cause de la mobilité du cristallin dont la capsule est adhérente à la face postérieure de liris. Ce qui produit la paralysie de cette membrane et par conséquent la goutte-sereine. Les anciens croyaient cette sorte de cataracte inguérissable ; Celse était de cette opinion, et Saint-Yves qui le premier détermina son étiologie, partageait le sentiment des anciens, parce que, de son temps, on opérait la cataracte par la méthode de labaissement. M. Forlenze est le premier qui ait fait lextraction de la cataracte vacillante. En 1792, un homme de soixante ans, ayant depuis plus de douze ans une cataracte vacillante, consulta cet oculiste qui se détermina à tenter lopération, en présence du célèbre Desault, de feu Manoury, son élève, et du docteur Boulet. La cornée ayant été divisée, par lingénieuse méthode de M. Forlenze, cet oculiste se servit pour lextraction du cristallin dune aiguille dor de son invention, emmanchée comme le bistouri à cataracte, longue de dix-neuf lignes, large dune ligne, arrondie et aplatie à son sommet. Il saisit linstrument comme une plume à écrire, releva le lambeau de la cornée, et porta la pointe de laiguille dans la chambre postérieure ; et en la dirigeant en divers sens, il détruisit toutes les adhérences de la capsule cristalline avec liris. A linstant le cristallin et la capsule sortirent ; la pupille resta nette et lhumeur vitrée parut saine, contre lopinion des anciens et de Maître Jean, qui pensait que cette variété de la cataracte était le résultat de la fonte de lhumeur vitrée. Les difformités du nez sont ordinairement le résultat du développement pathologique des glandes sébacées et des glandes milliaires de la peau ; elles grossissent et forment des tumeurs plus ou moins considérables, qui soulèvent et distendent la peau. Les habitués du jardin du Palais-Royal y voient tous les jours un homme dont le nez est devenu énorme par une cause semblable. Son nez ressemble à une végétation monstrueuse ; il est divisé en différentes tumeurs dinégales grosseurs, formant une masse plus grosse que le poing et couvrant presque toute la face. La maladie la plus rare dans ce genre est celle dont M. Imbert de Launes a fait lopération à M. Perrier de Gurat, ancien maire dAngoulême. Son nez était divisé en cinq lobes ou tumeurs sarcomateuses ; elles étaient très-saillantes, élastiques quoique compactes, et du poids denviron deux livres ; elles occupaient la surface externe du nez ; et se prolongeant, sans adhérence sur le muscle buccinateur et sur le menton, quelles cachaient en entier, elles fermaient hermétiquement les narines et la bouche. M. Perrier était obligé de pencher la tête en avant, afin de respirer. Il lui fallait relever ces énormes tumeurs pour introduire les aliments dans sa bouche. Lorsquil se couchait, il lui était indispensable, pour ne pas étouffer en dormant, de relever son nez au moyen dune fronde quil faisait à son bonnet de nuit. Cette maladie donnait un aspect tellement hideux à M. Perrier, quil était obligé de se séquestrer de la société même de ses amis. Il y avait douze ans quelle avait commencé, et ses progrès sétaient fait très-rapidement pendant vingt-deux mois que M. Perrier passa dans les prisons révolutionnaires. M. Imbert qui avait déjà fait des preuves dhabileté dans lopération dun sarcocèle monstrueux, nhésita pas à disséquer les sarcomes qui composaient la tumeur dont nous venons de parler ; il mit à découvert toute la surface externe du nez depuis sa racine jusquà la membrane pituitaire. Par une suite de procédés très-ingénieux, M. Imbert a parfaitement guéri son malade, dont le nez, aux cicatrices près, a repris sa première forme. On lit, dans le cinquième volume de lancien Journal de Médecine, un cas aussi curieux que rare; cest celui dun homme de trente-sept ans qui portait une pierre de la grosseur dun uf de pigeon sous la langue. Ce corps étranger avait causé de très-vives douleurs, et une salivation abondante au malade. La pierre était grisâtre à lextérieur et blanche en dedans ; elle était friable. Il est fâcheux que lanalyse chimique nen ait pas déterminé la nature. Brassavole rapporte quun homme dune forte constitution, ayant été tourmenté pendant huit jours dun violent mal de tête, tomba en apoplexie et mourut. On fit louverture du crâne : le cerveau fut trouvé corrompu, sphacelé, en plusieurs endroits. Saxonia a vu une femme qui avait souffert pendant très-longtemps dune douleur permanente au côté droit de la tête. A sa mort, on trouva le côté gauche du cerveau entièrement purulent, quoiquelle ny eut jamais éprouvé de douleurs. Le côté droit était sain, bien que ce fut celui où la malade souffrit. Une demoiselle de la Rochelle, âgée de trente ans, bien constituée, était depuis quelque temps sujette à des convulsions, lorsquen 1752 ces convulsions se convertirent en accès dépilepsie, qui avaient lieu quatre à cinq fois par mois ; ils duraient environ cinq heures. Pendant cinq ans,on combattit cette maladie par dinutiles remèdes. Le mal saggrava, la demoiselle fut atteinte de vertiges et devint furieuse. La dernière crise de convulsions quelle éprouva fut léthargique et dura onze heures; laccès se termina par la mort. Lautopsie fit découvrir vers le sinus longitudinal supérieur du côté gauche, dix ou douze productions osseuses longues dun demi-pouce et armées de pointes très-aiguës, qui avaient percé la pie-mère et blessé le cerveau. Une quantité de grains sablonneux étaient adhérents à la pie-mère, du côté où régnaient ces petits os insolites. (Anciens Journal de Médecine, tome iv). DHéricourt donna des soins à une fille qui mourut à la suite dune céphalée, qui lavait tourmentée pendant six mois. Toutes les parties du cerveau étaient saines ; mais la glande pinéale était dure, pierreuse et aussi grosse quun uf de poule. Je conserve le crâne dun paysan des environs de Bruxelles, âgé denviron trente ans, qui avait souffert pendant vingt ans consécutifs dun mal de tête pongitif, parfois lancinant et toujours fixé au même point. A sa mort, le lobe du cerveau du côté où il ressentait la douleur était en suppuration ; le crâne avait été corrodé par le pus, dans une étendue dun pouce, il était aussi mince quune feuille de papier ; il sy fit une ouverture ronde de la largeur dun centime, par où tout le lobe putréfié sépancha, le malade mourut sans douleurs, et comme on voit souvent des phtisiques qui séteignent, pour ainsi dire. Quinze jours avant sa mort, ce paysan avait eu une rixe avec un de ses compagnons et en avait reçu quelques coups de poing. A sa mort son adversaire, accusé de lavoir fait mourir par les sévices quil avait exercés à son égard, fut jeté dans un cachot et traduit devant le tribunal criminel de Bruxelles. Tout concourait à charger le prévenu : le défunt avait gardé la chambre depuis le jour où il avait été frappé ; dans un rapport judiciaire, les deux officiers de santé ignorants, qui avaient exploré le cadavre, attribuaient la cause de la mort aux coups donnés par laccusé ; les jurés ne voyant en lui quun meurtrier, allaient l déclarer coupable, lorsque le tribunal me fit appeler pour examiner le crâne du défunt, et lui donner mon opinion sur la cause de sa mort. Linspection de ce crâne me fit reconnaître que la trace quon y remarquait devait être le résultat dune affection chronique très-ancienne ; je pensai quun corps rongeant et corrosif, comme la matière de la suppuration, pouvait seule avoir exfolié insensiblement le crâne, qui ne sétait rompu que par les continuelles pulsations de la matière purulente, laquelle ensuite sétait pratiquée une issue en désorganisant les téguments. Un doute salutaire pour linfortuné prévenu sintroduisit dans lâme des jurés ; les officiers de santé, auteurs du procès-verbal accusateur furent appelés ; je fus chargé de les interroger ; leurs réponses confirmèrent mon opinion : les témoins portèrent la dernière conviction dans la conscience des jurés et de lauditoire, en déclarant que le défunt, valétudinaire depuis vingt ans, touchait à sa fin, avant que son irascibilité lui eut fait recevoir quelques coups que son adversaire navait fait quéchanger avec lui. Ce fut de ces témoins que jappris les détails que je viens de rapporter sur cette longue maladie. On se doute bien que le jugement du tribunal acquitta laccusé, que la funeste ignorance des officiers de santé rédacteurs du procès-verbal recueilli par le premier juge, allait livrer à la peine capitale. Morgagni dit quune femme, âgée de soixante-dix ans, qui avait perdu la mémoire et marchait avec difficulté, tomba, en mangeant ; elle perdit le mouvement du côté gauche et celui du bras droit, et mourut neuf heures après sa chute. Les ventricules du cerveau étaient remplis dun sang fluide, le droit était rongé vers le bord extérieur du corps cannelé et de la couche du nerf optique ; le gauche létait aussi, mais beaucoup moins ; il restait à peine quelque portion du plexus choroïde. Les Mémoires de lAcadémie des Sciences, de 1700, contiennent une observation de Duverney, relative à un enfant de cinq ans qui sétait plaint dune grande douleur de tête vers la racine du nez. Atteint de convulsions et dune fièvre lente, cet enfant mourut ; lon trouva dans le sinus longitudinal supérieur, un ver de quatre pouces de long, semblable aux vers de terre. Il vécut encore quelques heures après louverture du crâne. Ce fait, de même que celui rapporté par Baillou, qui assure avoir trouvé un ver entre le crâne et les méninges, chez un sujet mort après avoir souffert des douleurs extrêmement vives, ne me paraissent guère plus croyables que celui dont parle Gesner, dune femme dans le crâne de laquelle il trouva des scorpions, à la suite de douleurs considérables à la tête. Je pense, avec Morgani, que les vers ne peuvent sintroduire dans le cerveau, tant que los ethmoïde na point été rongé. Il serait plus probable de supposer que les vers rencontrés dans le cerveau et dans dautres parties où lon nest pas habitué de les remarquer, y naissent lorsquil existe dans ces parties une cause morbifique qui peut donner naissance à ces insectes. Les vers que les auteurs disent avoir trouvé dans lintérieur de la tête ne sont point, daprès la remarque de Vicq-dAzyr, de la nature de ceux qui se développent dans les animaux ; or, sil nest pas permis de révoquer en doute les faits de cette nature, il est au moins permis de penser que les observateurs nont point déterminé la véritable espèce des insectes dont ils rendent compte. On lit, dans les Actes de la Société dEdimbourg, tome iii, que la tête dune fille âgée dun an, et atteinte dhydrocéphale, avait vingt-sept pouces et demi de circonférence. Vanderviel, tome ii, rapporte lobservation suivante : un enfant, venu au monde en bonne santé, vécut pendant six mois dans le même état. A cette époque, sa vue diminua et la tête augmenta de volume ; à lâge de deux ans, la tête de ce petit infortuné avait une circonférence dune aune. Il y a cinq ans quune fille bien constituée, âgée de quarante-huit ans, fut atteinte, subitement dune douleur pongitive et lancinante dans toute la tête, excepté à la région occipitale ; la douleur était atroce ; la malade était comme frénétique, elle poussait des hurlements affreux, à chaque crise, qui durait une minute, et se renouvelait toutes les cinq ou six minutes. Dans les intervalles, elle néprouvait quun orgasme dailleurs très-pénible. Elle était pâle, le pouls était lent et faible pendant la rémission. Son teint sanimait, le pouls devenait fréquent et convulsif dès que la crise avait lieu. Jappris de la malade que sept ou huit mois avant elle sétait frappée violemment le sommet de la tête sur une clef de porte. La douleur avait été vive, elle avait éprouvé des vertiges, mais au bout de quelques jours et sans avoir fait de remèdes, elle navait plus rien ressenti. Jattribuai les accidents actuels au coup quavait reçu la malade ; je lui prescrivis un grain de tartrate antimonié de potasse, dans une livre de petit lait ; elle vomit une fois. Le deuxième jour, la dose du tartrate fut doublée ; il en résultat plusieurs vomissements ; le troisième et le quatrième jours, même prescription, même résultat ; le cinquième, trois grains du même médicament ; le sixième, quatre. Les vomissements se succédèrent rapidement, la malade fit de très-grands efforts, et tout à coup, pendant quelle vomissait, il lui sortit par la bouche, le nez et les oreilles, une abondante quantité de pus, dune inconcevable fétidité. Dès cet instant, les douleurs cessèrent comme par enchantement, le calme se rétablit. Trois jours après, un nouveau vomitif namena que quelques gouttes de pus par loreille : des injections appropriées furent introduites dans le conduit auditif ; la malade recouvra sa première santé, qui depuis lors na point éprouvé daltérations. En 1789, un enfant de cinq ans tomba sur ses pieds, dun premier étage ; il remonta et dit quil néprouvait aucun mal ; il parut en effet se fort bien porter pendant trois mois : au bout de ce temps, il fut saisi dun violent mal de tête accompagné de nausées et de bouffissure aux paupières ; le visage était dun rouge violet. Lenfant perdit lusage de la parole et mourut peu dheures après linvasion des accidents. Il y avait tuméfaction aux téguments, et un abcès considérable entre la dure-mère et la partie supérieure latérale droite du coronal. (Journal de Chirurgie de Desault). Un homme reçut un coup de feu dont la balle pénétra dans le cerveau à travers le sinus frontal : le malade se rétablit en assez peu de temps et parut jouir dune excellente santé pendant quatre mois. Il fut alors saisi dune espèce de léthargie, et mourut dans les convulsions. On trouva la balle dans la substance médullaire, un demi-pouce au-dessus de la partie antérieure du ventricule latéral gauche. (Mélanges de Schmucker). On lit dans lancien Journal de Médecine, tom. xxiv, quune balle était restée dans le cerveau pendant deux ans, et que le corps étranger détermina enfin la mort. Une ancienne chronique de Knisberg, que nous avons vue dans cette ville, rapporte quun homme avait vécu pendant quatorze ans, portant dans le cerveau un morceau de fer de la longueur du doigt et aussi gros ; que ce corps sortit par la voûte palatine. Le sujet avait peu souffert de ce corps étranger dans le cerveau. Blégny fait mention dune dame qui avait de grandes douleurs à la tête, la fièvre accompagnait cette douleur ; la malade perdit la vue et ses souffrances furent telles quelle mourut. On trouva une pierre de la grosseur dune fève à lorigine, et dans la naissance du nerf optique. Vicq-dAzyr rapporte une observation qui peut figurer parmi les cas rares. Une femme de cinquante ans, dit ce savant, fut attaquée, vers le mois daoût 1751, dune douleur très-violente à la nuque : peu après, cette douleur monta le long de loccipital, et se fixa vers lorigine des muscles extenseurs de la tête ; la fièvre se déclara de temps en temps ; il y eut aussi, au commencement de la maladie, une difficulté davaler : enfin vers le mois de février 1753, la malade devint folle ; tous les remèdes furent inutiles ; elle mourut au mois davril, huit mois après linvasion des premiers accidents. Il y avait une grande quantité deau jaunâtre, un peu verte, épanchée dans les ventricules du cerveau ; le plexus choroïde en était inondé, et ses glandes étaient grosses et dures ; lapophyse cunéiforme était cariée légèrement à son extrémité inférieure ; les apophyses transverses de la première vertèbre du cou, près de la deuxième, étaient cariées, ainsi que la partie latérale de son corps ; les apophyses transverses de la deuxième vertèbre étaient aussi cariées ; lapophyse odontoïde était presque rongée à sa base ; le ligament qui lattachait au grand trou de los occipital, et à la première vertèbre, était rongé, de façon quil ballottait, et sétait déjeté dans la moelle allongée. Saviard dit quun homme âgé de trente-cinq ans, et qui avait toujours joui dune bonne santé, souffrit pendant un an dune douleur de tête si atroce, quil en perdit la raison. Il succomba à tant de souffrances. Lautopsie noffrit rien dans la poitrine ni dans le ventre, mais entre la dure-mère et la pie-mère, vers la jonction de la suture sagittale avec la lombdoïde, sélevait un petit os fort pointu, et de forme triangulaire ; la dure-mère était livide, et les ventricules supérieurs remplis deau. Lommius rapporte quun homme qui fut emporté par une attaque dapoplexie, ayant été ouvert, on trouva du pus épanché sous le cerveau ; cette matière sortait des ventricules, et son foyer était un abcès qui sétait formé dans un des corps cannelés. Ramazzini a vu un malade chez lequel la déglutition était devenue impossible, à cause de la paralysie complète du gosier : le sujet vécut cependant, prenant une nourriture suffisante au moyen des clystères. Le même médecin cite un cas où lsophage étant très-affaibli et ses mouvements presque nuls, le dernier bol alimentaire y restait toujours, il nen était chassé que par un nouveau bol qui y séjournait à son tour, jusquà ce quun autre vint le remplacer. Notre collègue, M. le docteur Guersent, a été témoin, à Rouen, en 1806, dune rupture de lsophage à la suite dun vomissement. Le sujet de cette observation est une fille de sept ans, qui, jouissant ordinairement dune bonne santé, fut prise dun dévoiement qui durait depuis quelques jours, lorsque peu dheures après son dîner elle éprouva des vomissements. Il lui survint, pendant la nuit, de la fièvre accompagnée de soif et dassoupissement. A cet état, se joignit, le lendemain, des nausées, des convulsions, la face devint violette, la pupille dilatée, la peau brûlante, la déglutition pénible, douloureuse, la respiration gênée ; enfin la malade expira trente-six heures après linvasion du premier accident. Louverture du cadavre ne présenta nulle autre cause de la mort quune déchirure de lsophage de forme ovale et oblongue, dun centimètre de large sur deux de long. Cette déchirure était située à quatre ou cinq centimètres au dessus du diaphragme. La poitrine, du côté droit, ne résonnait pas, ce côté était rempli dune liqueur de couleur brune, dans laquelle nageaient des flocons dun vert foncé. Un stylet introduit dans la déchirure de lsophage, de haut en bas, pénétrait dans lestomac, et en pressant cet organe, on faisait sortir, par la déchirure, un liquide semblable à celui que contenait la poitrine. On ne connaît que deux cas semblables à celui que nous venons de rapporter. Boerhaave en cite un, et le second fut consigné, en 1740, dans le Journal de Baldinger, par M. Brewer. Le sujet mourut de la suite de cet accident. Un homme de soixante ans avala un morceau de viande qui sarrêta au fond du gosier ; des accidents graves se manifestèrent aussitôt : le chirurgien ne pouvant déplacer le corps étranger, ouvrit la veine médiane du bras droit et y injecta une solution de quatre grains de tartrate antimonié de potasse dans une once deau chaude. Une minute après cette opération, le malade vomit et rendit le corps étranger. Il ny a quun fait analogue à celui-là ; il est rapporté dans la Bibliothèque de la Chirurgie du nord, par M. le professeur Rougemont, mon honorable ami. Un jeune homme avait éprouvé une fluxion de poitrine à lâge de dix-huit ans ; il en fut fort bien guéri ; il fit ensuite de grands excès avec les femmes, essuya des fatigues à la guerre, et fut atteint de plusieurs affections vénériennes qui furent négligées. Tant dexcès altérèrent sa santé. A vingt-quatre ans, il avait éprouvé un rhume fort opiniâtre accompagné dune vive douleur au côté gauche ; elle cessa avec le rhume, mais se représentait par la plus légère cause. Après diverses maladies, le sujet fut pris dune toux sèche, et sa douleur de côté devint si forte quil ne pouvait plus faire quelques pas sans se reposer, et ne pouvait se mettre au lit de lui-même. Le malade éprouva du soulagement, puis de nouveaux accidents. Il devint fort maigre ; il se développa à lendroit où il res-sentait cette douleur de côté, une énorme tumeur ; il éprouva des suffocations continuelles ; enfin il succomba à tant de maux à lâge de vingt-huit ans. A son ouverture, M. Dupuytren et M. Geoffroy trouvèrent un kyste dans le lobe gauche du foie, en partie caché dans sa substance, en partie saillant dans labdomen, et semblable à une vessie quon pouvait mouvoir et déplacer à volonté. La cavité de ce kyste, dont la membrane était très-mince, contenait une liqueur brune et une grande quantité dhydatides, dont les plus grosses étaient comme un jaune duf ; la poitrine avait une dimension considérable ; cette cavité était si exactement remplie, que le cur, repoussé en bas, correspondait à la partie supérieure de lépigastre ; les deux poumons comprimés, aplatis et réduits à un feuillet très-mince, étaient relégués à la partie antérieure de la poitrine derrière les cartilages des côtes. Le reste de ces cavités était occupé par deux tumeurs très-volumineuses placées de chaque côté, étendues lune et lautre du sommet de la poitrine au diaphragme et le long des côtes auxquelles elles adhéraient intimement, ainsi quà la cavité de la poitrine. ces deux tumeurs également tendues et fluctuantes, avaient une enveloppe blanche, fibreuse, assez mince quoique fort résistante, et renfermaient dans leur cavité, de chaque côté, une énorme hydatide. Ces hydatites, quon nomme viscérales, remplissaient exactement chaque kyste et semblaient y adhérer à laide dune matière glutineuse. Le liquide parfaitement limpide quelles contenaient, a été évalué à cinq pintes et demi pour chacune ; leur largeur était de onze pouces. On lit, dans les Mémoires de lacadémie des sciences, de 1730, une observation à peu près semblable, faite par M. Maloet. Le docteur Valentin a recueilli lobservation suivante : un phtisique, Joseph Shildigger, huit mois avant sa mort, qui eut lieu à lhôpital de New-York, éprouvait de grandes difficultés de respirer, une toux violente ; il expectorait des matières pituiteuses et purulentes, quelquefois sanguinolentes et souvent des petites pierres, dont plus de deux cents ont été recueillies pendant les huit derniers mois de sa vie : il se trouvait soulagé après avoir rendu de ces pierres. cet homme étant tailleur de pierres, on a soupçonné que ces concrétions sétaient formées par la poussière qui sintroduisait dans ses poumons au moyen de la respiration, en travaillant de son état. Ces calculs étaient de forme irrégulière, très-durs, de couleur grise ou pâle dardoise, ils devenaient blancs et samollissaient par laction des acides végétaux et minéraux. Lanalyse chimique a prouvé que ces calculs étaient du phosphate de chaux. A louverture du cadavre, on trouva presque toute la substance des poumons convertie en concrétions pierreuses ; mais les plus considérables et les plus dures étaient dans les glandes lymphatiques situées près de la bifurcation de la trachée. Cet infracteur calculeux navait pas partout la même fermeté ni la même couleur ; en quelques endroits, il était noirâtre, en dautres, dun brun jaune. le poumon droit était adhérent à la plèvre costale. La matière concrète terreuse était amassée dans cet organe en si grande abondance, que le viscère paraissait être converti en pétrification. Voyez phtisie pulmonaire. Un soldat, ayant reçu un coup de feu à la poitrine, fut relevé presque mort : une hémorragie abondante faisait désespérer de sa vie. A force de soins, le sang commença à couler avec moins de force vers le troisième jour ; insensiblement les forces du malade revinrent, la suppuration succéda à lhémorragie ; il sortit plusieurs esquilles dune côte que la balle avait fracturée. Au bout de trois mois, la plaie se cicatrisa et le malade, rétabli, néprouvait dautre incommodité que de fréquentes palpitations de cur qui le tourmentèrent pendant trois ans ; elles devinrent moins fortes pendant trois autres années. Il mourut dune maladie étrangère aux palpitations, six ans après sa blessure. M. Maussion, chirurgien en chef de lhôpital dOrléans, fit louverture du cadavre ; il observa que la cicatrice qui résultait de la plaie darme à feu, était profonde, quil y avait perte de substance à la côte fracturée. poussant plus loin ses recherches, M. Maussion trouva la balle enchatonnée dans le ventricule droit du cur, près de sa pointe, recouverte en grande partie par le péricarde et appuyée sur le septum medium. Cette observation nous a été communiquée par M. le docteur Latour, premier médecin de S. A. I. le grand duc de Berg ; ce savant praticien nous a permis de lextraire dun Traité ex professo sur les hémorragies, dont il va bientôt enrichir lart de guérir. Voici un fait bien extraordinaire et dont je nai lu aucun exemple : une femme mangeant un morceau de pain beurré, lavala de travers, de manière quil sintroduisit dans la trachée-artère et de là dans le poumon ; il résultat de la présence de ce corps étranger, de violents accidents que lon parvint à calmer par lemploi des saignées : un abcès se forma dans le poumon ; la nature en favorisa louverture, et lévacuation de la matière eut lieu par la trachée-artère. (Transact. philos., 1765) Le Mercure de France, de 1756, rapporte lhistoire dun homme qui avait, depuis longtemps, beaucoup de difficultés à respirer ; il mourut âgé de soixante-dix ans ; louverture du lobe droit du poumon y fit remarquer une tumeur enkystée dont le noyau était ossifié. On lit dans le Commentaire de Leipsick, tome xvii, quun vieillard, du même âge que le précédent, avait le lobe inférieur du poumon gauche ossifié ; ses os étaient ramollis, ses poumons remplis de vomiques ; les viscères du bas-ventre étaient sphacelés ; le diaphragme enflammé, et le cur très-petit et exténué. Vacher de Besançon a publié, en 1738, lobservation dune femme qui avala un brin de paille en brisant du chanvre ; aussitôt après, elle fut attaquée dune toux très-douloureuse accompagnée de suffocations, de difficultés de parler et de picotements au gosier. Cette malheureuse succomba le troisième jour. Le brin de paille fut trouvé dans lintérieur de la première subdivision des bronches qui se distribuent à lentrée du lobe gauche du poumon : il était situé transversalement et piquait par ses deux extrémités les parois internes. Les poumons étaient enflammés par lirritation que produisait ce corps étranger. Alberatinus assure avoir vu une tumeur sanguine sous la tunique externe du péricarde : cette tumeur était inégale, anfractueuse, épaisse de trois travers de doigt et large de deux. Elle était placée vis-à-vis du côté droit du cur, et était parallèle, dans sa longueur, à laxe de cet organe. Il faut regretter, avec Vicq-dAzyr, que lobservateur nait point eu loccasion détudier, du vivant du malade, les accidents que devait produire une semblable tumeur. Licutaud rapporte un exemple de la rupture du diaphragme à la suite dun vomissement violent, opiniâtre et très-prolongé. Un cas semblable est cité dans les Miscellanea curiosa. Vicq-dAzyr regarde de pareils cas comme très-rares et nen a pas lu dautres exemples. Du temps de Galien, un jeune homme reçut une blessure à la poitrine, dun instrument tranchant. La plaie fut mal traitée, négligée : au bout de quatre mois, il se forma un abcès dans lendroit où le malade avait reçu le coup ; on donna issue au pus au moyen dune incision, mais la plaie sétant trop tôt fermée, de nouveaux accidents obligèrent de la rouvrir : elle devint fistuleuse et la cicatrice ne sopérait point. Le sternum était affecté de carie ; Galien, appelé, enleva cet os et le cur se montra à découvert, dénué de son péricarde : la suppuration avait détruit le sac, et, malgré sa perte, le malade guérit entièrement. Un marchant mourut dune plaie de tête ; à louverture de son cadavre, Nicolas Massa trouva un abcès de la grosseur dun uf de pigeon dans la substance de loreillette du cur. cette tumeur, qui causa la mort, était sans doute un cas de métastase bien rare. Une demoiselle âgée de treize ans, dun caractère mélancolique, fut affectée dune variole confluente dont elle guérit. A peine convalescente, elle ressentit une forte douleur du côté droit de la tête, des angoisses, des palpitations au cur ; le pouls était dur, tendu, convulsif ; la malade perdit lusage de ses sens, le visage devint dun rouge cramoisi, puis violet et livide ; la mort survint le cinquième jour de linvasion des premiers accidents. Le ventricule gauche du cur était vide de sang ; le ventricule droit, loreillette droite et la veine-cave étaient gorgés dune très-grande quantité de sang : il existait sous la valvule postérieure un corps dur, pierreux et qui semblait être un paquet de vaisseaux pétrifiés. Les valvules étaient raides, tendues, épaisses, enflammées. Le bistouri porté dans la substance pulmonaire, fut émoussé par des pierres de différentes formes et de diverses grosseurs. Cette jeune personne navait jamais ressenti doppressions ni aucun accident qui pussent faire soupçonner létat pathologique du cur et des poumons. Vicq-dAzyr dit quun enfant ayant eu un abcès à la suite dune pleurésie, le cur se porta du côté droit. Le même auteur a vu un sujet chez lequel le cur sétait déchiré spontanément vers la pointe du ventricule droit. Morgagni rapporte bien un exemple de semblable déchirure, mais il existait une prédisposition, par la présence dun ulcère qui affaiblissait les parois de ce muscle. Bouvart a vu un cur dont le ramollissement était tel, quune sonde sy enfonçait par son propre poids. Le Journal des savants, année 1772, contient lobservation dun sujet mort à la suite dune maladie épidémique caractérisée par la présence des vers dans les intestins, chez lequel il fut trouvé un ver dans le ventricule gauche du cur. Lapeyronnie assure avoir trouvé des pelotons de vers entre la base du cur et le péricarde ; il dit aussi en avoir rencontré dans les ventricules. Pierre de Castro, Vidius le jeune et Vidal ont observé des vers dans laorte, chez des sujets morts à la suite de fièvres épidémiques. Senac a consigné, dans son traité du cur, lobservation suivante : à louverture du corps dun nommé Jean Larue, faite en 1733, on remarqua une ossification considérable du cur ; elle était parfaitement bien formée. La surface extérieure des oreillettes était légèrement ossifiée, la droite létait un peu plus que la gauche. Lartère pulmonaire, laorte et la veine cave étaient dans létat naturel ; les trois valvules semi-lunaires étaient cartilagineuses, plus inférieurement que vers leur milieu. On voyait à leur partie supérieure un bourrelet osseux ; le bouton décrit par Morgagni était ossifié ; le ventricule gauche était dune ampleur double de sa dimension ordinaire. Lossification du cur sétendait antérieurement, depuis la base jusquau tiers de cet organe ; postérieurement elle descendait jusquà la pointe. Lépaisseur la plus grande de lossification avait un pouce ; la plus mince était semblable à celle dun écu de trois livres. Cette ossification était inégale et plus raboteuse en dehors quen dedans. les inégalités figuraient des espèces de clous osseux, comme des exosmoses qui poussaient en dehors une éminence aiguë fort considérable. La contiguïté de cette ossification était par trois fois interrompue par des portions cartilagineuses ou membraneuses. partout où la substance osseuse était interrompue, le péricarde sattachait à la substance intermédiaire. Cet os pesait deux onces sept gros ; il avait létendue de la paume de la main, et se propageait jusquaux fibres internes des ventricules, lesquelles étaient un peu cartilagineuses. Le phénomène qui vient dêtre exposé était caractérisé du vivant du sujet par la lenteur du pouls, la difficulté de respirer, par une toux forte et sonore, et par la convulsion du diaphragme. Garangeot fait mention dun jésuite, âgé de soixante-douze ans, qui portait, dans la substance des ventricules du cur, un os de quatre pouces et demi de longueur et de la largeur dun pouce. La forme de ce corps était semi-lunaire il était convexe dans son milieu, plat à sa surface extérieure ; il ne pénétrait pas dans la cavité des ventricules, il les embrassait obliquement ; montait de droite à gauche et sintroduisait jusquau sinus pulmonaire. Les fibres charnues adhéraient si fortement à cet os, quon aurait pensé quelles en faisaient partie. Les gros vaisseaux qui partent de la bas du cur et qui sont assez fréquemment ossifiés dans les vieillards, ne létaient pas dans celui-ci. François Botta ouvrit, en présence de Leucatel et de plusieurs théologiens, le cadavre dun homme mort après une longue maladie ; tout le péricarde était putréfié ; la plus grande partie du cur était rongée : les restes de cet organe palpitaient encore. Nous devons à M. le docteur Andry lobservation suivante : en 1708, on ouvrit le corps de madame Dangouillau, peu dheures après le décès de cette dame ; la surface et les ventricules du cur étaient si gangrenés en quelques endroits, quen les touchant, ils senfonçaient sous les doigts. ce fait et plusieurs autres recueillis dans cet article, sont contraires à la doctrine de Galien, qui prétendait quil ne peut se former dabcès ni de déchirures du cur, parce que la mort sensuivrait avant que la maladie ne pût se développer. Au rapport de Plater, le cur dun jeune homme qui avait été très-tourmenté par des palpitations, contenait au milieu des ventricules un os qui avait trois pointes et qui était couvert de trois enveloppes. Cet os était creux, et rempli dune matière sablonneuse. Battolini dit que le cur du pape Urbain vii contenait un os qui avait la forme dun T arabe. Laffection catarrhale connue sous le nom de grippe, qui régna épidémiquement en France et dans presque toute lEurope, il y a neuf ou dix ans, se manifesta chez une dame très-sanguine et dune constitution robuste, avec lappareil des symptômes les plus énergiques. Cette dame était enceinte de sept mois. La toux, dès le premier jour, était convulsive, sèche, continuelle ; la respiration était gênée, laborieuse, sifflante ; les moyens indiqués ne produisirent aucun soulagement ; à onze heures du soir et dès le premier jour, la suffocation était à son comble ; le pouls profond, serré, dur ; le visage pourpré, les yeux injectés et roulants dans la tête, tous ces accidents nous déterminèrent à saigner la malade : douze onces de sang la calmèrent ; la nuit fut assez bonne ; la journée suivante se passa sans que la maladie offrit rien de remarquable ; cependant il ny avait point dexpectoration. Vers la nuit, les symptômes alarmants qui avaient eu lieu la veille se reproduisirent avec une telle énergie, quà onze heures il fallut encore saigner ; même résultat. Je prenais trop dintérêt à la malade pour ne pas menvironner dun conseil éclairé ; un médecin dont jestimais les lumières et le jugement fut appelé : instruit de tout ce qui sétait passé, il me conseilla de renoncer à la saignée et blâma celles que javais cru indispensables la veille et lavant-veille. Dès quil fut nuit, les accidents que je redoutais ne tardèrent pas à se manifester avec la même intensité que les jours précédents. A onze heures, jallai moi-même chercher mon confrère ; effrayé par tout ce quil vit, il nhésita pas à proposer une saignée de douze onces ; cette opération fut suivie des succès accoutumés ; il fallut la récidiver le lendemain et les jours suivants. Pendant soixante jours que dura la maladie, cinquante-cinq saignées furent pratiquées ; il est vrai quelles varièrent depuis huit jusquà trois onces, à lexception des trois premières qui furent de douze onces. Laccouchement qui se fit avec facilité termina sur-le-champ le redoutable catarrhe, qui, quelques jours plus tard, aurait infailliblement fait succomber la malade, devenue dune faiblesse extrême et vomissant les aliments les plus légers : toutes ses forces sépuisaient dans le paroxysme qui avait toujours lieu à lentrée de la nuit et ne se terminait quà onze heures, par lévacuation sanguine que je provoquais par la saignée. Lenfant, à mon grand étonnement, était fort et bien portant. La mère ne tarda pas à se rétablir ; mais elle fut fort longtemps avant de recouvrer lintégrité de ses forces et de son embonpoint. Jomettais de dire que pendant le dernier mois de sa maladie, cette dame avait, dans lintervalle des accès, des absences de raison, des vésanies qui ajoutaient de nouvelles alarmes à celles que me causait la maladie principale, dont le diagnostic devenait chaque jour plus fâcheux. Une dame, quatre jours après sa première couche, avait éprouvé à lâge de vingt-quatre ans un saisissement violent qui avait supprimé les lochies et répercuté son lait : il navait plus reparu et les menstrues ne sétaient plus manifestées. Vingt-deux ans après, cette dame qui avait toujours joui dune bonne santé et qui avait conservé une sorte de fraîcheur, fut prise dun rhume quelle négligea pendant plusieurs mois, durant un hiver froid et humide. Au printemps, ses mamelles senflèrent, elles se remplirent dun lait abondant, butyreux et dune saveur fort douce (en même temps ses règles reparurent) : un point pleurétique, un crachement de sang accompagnèrent ces deux phénomènes : la malade était devenue excessivement maigre. Ce fut à cette époque que je la vis. Déjà mes soins semblaient devoir triompher de tant de causes délétères, lorsque des chagrins inopinés et cuisants, vinrent troubler lâme de la malade : elle partit pour la campagne, et trop éloigné, je ne pus suivre son traitement ; quatre mois après elle expira, désespérée davoir trop vécu, puisquelle survivait à une fille unique et adorée. Un militaire reçut un coup de feu, dont la balle traversa en ligne directe les deux lobes du poumon, étant entré à la partie moyenne externe gauche de la poitrine, et sortant du côté opposé. Le coup avait été tiré à bout portant, la plaie contenait des portions de vêtements et les bourres du fusil ; je passai un séton à travers la poitrine ; ce moyen entraîna chaque jour les corps étrangers avec la suppuration, qui par ce moyen ne sarrêtait pas dans lorgane pulmonaire ; en vingt-sept jours la plaie fut cicatrisée, et trois mois après la blessure, le militaire rejoignit son régiment, ne se ressentant point des suites dune blessure aussi grave. Il est inutile de mentionner ici le reste du traitement auquel le malade fut soumis ; il fut conforme aux principes adoptés par la saine chirurgie. Le moyen du séton fut désapprouvé par plusieurs de mes camarades, mais dans un cas analogue Desault en avait fait usage avec succès, et ce fut son exemple qui me détermina à ne point avoir égard aux représentations de mes collègues de larmée du nord. Cabrol décrit ainsi lestomac dun polyphage : " au lieu davoir un estomac, cest Cabrol lui-même qui parle, et six intestins, il navait forme ou figure de lun ou des autres qui gardait proportion, hormis lsophage, lequel se venait aboutir en une capacité ample, ressemblant au four dune courle dété très-grosse, laquelle vers la partie droite, au dessous de la grande lobe du foie, près du chitifbelli faisait un repli tirant en haut, afin que laliment demeura plus longtemps dedans pour se digérer, à cause quil ny avait aucun pilore pour lempêcher de sortir : sensuivait après un intestin depuis le lieu ou devait être ledit pilore jusquau fondement, sans aucune révolution, et au lieu davoir six ou sept aunes de long, ne contenait que quatre pans ou figure, quasi dune lettre S, mais de grosseur étrange. " Fabrice de Hilden rapporte quun homme eut le côté gauche de la poitrine traversé par un coup dépée ; elle avait pénétré en devant entre la quatrième et la cinquième côte, et sortait en arrière au dessous de la troisième. Les plaies furent fermées au bout de deux mois, et le blessé parut se bien porter, mais cinq mois après, il éprouva des vomissements continuels qui entraînaient les aliments solides et liquides, puis ils étaient chargés dune bile verdâtre et de matière noire ; le cinquième jour le malade périt. Le diaphragme était percé dans son centre aponévrotique. Lestomac était passé tout entier par cette ouverture, dans la poitrine. Les poumons collés aux côtes étaient extrêmement petits, le cur était refoulé à droite, et il est à remarquer que depuis linstant de la blessure, les battements du cur sétaient toujours fait sentir au côté droit. On lit dans le journal de Desault, quun homme avait fait, à lâge de trente-neuf ans, une chute au dôme des Invalides, sur différents échafaudages et de là sur des décombres ; il fut en danger pendant six mois ; il reprit enfin ses travaux de charpentier, quoiquil nait jamais été exempt, pendant quinze ans, dune difficulté de respirer, dune toux sèche et fréquente, de malaises et de douleurs au côté gauche de la poitrine. En 1791, quinze ans après sa première chute, il en fit une seconde denviron vingt pieds de haut avec fractures de plusieurs côtes du côté gauche, lemphysème occupait ce côté, il y avait oppression, agitation, inquiétude, douleur, crachement de sang, vomissement des boissons, etc. Au bout de quinze heures, le blessé mourut. Lestomac et larc du colon étaient passés dans la poitrine, et ils en occupaient le côté gauche ; ils sy étaient portés par une ouverture ancienne pratiquée accidentellement au quart externe du centre aponévrotique du diaphragme ; elle était ovalaire et avait deux pouces et demi dans son grand diamètre ; elle résultait, sans doute, de la première chute. Lépiploon et la rate y adhéraient ; il y avait une plaie récente au diaphragme, mais plus à gauche ; une portion du colon sétait introduite par là dans la poitrine. Le cur était penché à droite, le poumon affaissé était dune extrême petitesse et adhérent à la plèvre et aux côtes ; lestomac était situé de manière que sa grande courbure se trouvait en haut et tournée vers le médiastin ; lsophage suivait cette direction ; larc du colon adhérait dun côté à la petite courbure de lestomac, et reposait de lautre sur le diaphragme où il était libre. Tous ces désordres, toutes ces transpositions résultaient de la chute faite depuis quinze ans ; la dernière, devenue mortelle par le surcroît de la fracture de sept côtes, navait produit quune nouvelle déchirure de trois pouces détendue au diaphragme, par où passait une portion du colon. Il est mort à Londres, en 1809, un nommé Commingo, qui souvent étant ivre, avait avalé une quantité considérable de ces grands couteaux de poche que portent les matelots et les gens du peuple. Cet homme en avait rendu plusieurs par lanus. Il fut conduit à lhôpital de Guy, dirigé par les docteurs Babington et Curry. Il éprouvait une douleur affreuse dans la région épigastrique où lon sentait facilement une dureté qui nétait pas naturelle : ses selles étaient dune teinte fortement ferrugineuse. Ce malade était dune maigreur extrême ; son estomac avait perdu la faculté de digérer. Peu de temps avant sa mort, on sentait en posant le doigt dans le rectum, quelques portions de couteau. Lexamen du cadavre a confirmé lhistoire bizarre de ce malheureux. Lestomac recelait plusieurs morceaux de corne et quelques portions du fer des couteaux , ces derniers étaient considérablement changés par laction des sucs de lestomac : un morceau de fer avait percé le colon, et faisait saillie dans la cavité abdominale ; dautres furent trouvés passant à travers le rectum et fixés dans les muscles qui tapissent les parois internes du bassin. (Journal de Médecine, tome xxi). On lit, dans le Bulletin des sciences médicales du département de lEure, lobservation dune femme de cinquante et un ans, attaquée depuis lâge de trente ans dune hydropisie ascite, dont la cure palliative a déjà nécessité cent cinquante-quatre ponctions. Cette opération a produit, chaque fois, environ vingt pintes deau. La personne na cessé de vaquer aux travaux des champs ; elle a eu deux enfants quelle a allaités ; lun de ces enfants, encore vivant, est âgé de treize ans : on lui a fait la ponction trois ou quatre fois à chaque grossesse. Le rédacteur du Journal de Médecine cite le cas dun individu, existant à Paris, auquel on a fait la ponction plus de trois cents fois. Un chirurgien a guéri par cinq points de suture, une plaie longue de deux pouces, à la grande courbature de lestomac ; cette plaie existait chez un enfant de dix ans, et avait été produite par une chute, sur un corps aigu, immédiatement après le repas. Il ne fallut que onze semaines pour que la guérison fut complète. (Ann. de lit. méd. étr.) M. Ansiaux, chirurgien à Liège, a visité un conscrit qui avait une singulière hernie de lestomac. Cet homme porte à la partie moyenne et supérieure de la région épigastrique, une tumeur survenue à la suite dune plaie faite avec un couteau : elle disparaît par la compression ; elle rentre entièrement lorsque lestomac est plein, et reparaît ensuite lorsque la digestion a débarrassé lestomac des aliments quil contenait. Lieutaud, (Historia anatomica moborum), cite lobservation de Blancard, sur une hydropisie de lestomac, dans laquelle le viscère contenait quatre-vingt-dix livres deau. Sa surface interne était parsemée dhydatides. Lextrême dilatation de lestomac donnait au ventre un volume extraordinaire, le malade, dans les derniers jours eut de la fièvre, il éprouva une soif dévorante, des suffocations et dhorribles angoisses. Le même auteur apporte deux observations de poux, qui ont été trouvés pullulant dans lestomac. ces insectes sy rassemblaient par pelotons. Dans lune de ces observations, puisée dans la cinquante-quatrième observation dHeurinius, les poux étaient logés dans des vésicules adhérentes aux parois de lestomac ; il est probable que ces poux venaient de lextérieur : ce qui fortifie notre opinion, cest que dans la première observation, il est prouvé que le malade avait avalé plusieurs fois de ces insectes. Les accidents quils ont produits chez les deux individus, où on les a remarqués, sont bien diffé-rents ; ils ont excité une faim canine à lun, ensuite latrophie et la mort ; chez le second, ils ont causé une douleur destomac continuelle jusquà la mort ; (Voyez Bonet, observ. 53) où Lieutaud a puisé ce second cas. Nul autre auteur ne fait mention dune semblable maladie. Ruysch parle dune femme, qui, depuis longtemps éprouvait une faim canine : elle mangeait considérablement ; elle mourut à la suite de violentes douleurs à labdomen. Rien de remarquable dans les viscères, si ce nest le pylore qui était tellement dilaté quil laissait passer le poing. Lemery rapporte lobservation dun religieux, attaqué depuis huit ans dun vomissement périodique, dont les circonstances sont fort rares. Cinq heures avant de vomir, le malade éprouvait une douleur très-forte aux reins ; le vomissement durait quatre à cinq heures avec des intervalles. La matière des vomissements était dune couleur rouge foncé. Ce nétait que de leau, ayant une forte odeur durine ; le malade mangeait peu, ne buvait que du vin et copieusement ; dès que le vomissement cessait, il se portait bien ; lexercice lui était salutaire ; il souffrait davantage lorsquil avait négligé de sy livrer. Félix Plater (Observ. lib. 3) a vu un homme quon conduisait au supplice, se plaindre dune cardialgie. On le décapita, et dans le même moment où la tête fut tranchée, le vomissement eut lieu, et fit jaillir à une grande distance tout ce que contenait lestomac. Le tartrate antimonié de potasse est un violent poison ; il opère sous le rapport de cette propriété, dès quil est porté à la dose de plus de cinq ou six grains à la fois ; excepté dans certains cas pathologiques où la sensibilité est abolie ; cependant Morgagni (Epist. 59), assure quun homme, qui, par erreur, en avait avalé deux gros, ne mourut point ; il vomit beaucoup et néprouva que des anxiétés. Un jeune homme ayant été blessé à lépigastre, un an avant sa mort, éprouvait à la moindre irrégularité dans son régime, des douleurs dans labdomen ; ces douleurs devinrent plus fortes et plus fréquentes, et furent accompagnées de vomis-sement : rien ne soulageait le malade, il vomit une matière féculente et mourut. les intestins étaient rougeâtres, la vésicule du fiel remplie dune bile noire. Le diaphragme était rompu dans lendroit où passe lsophage, et lestomac avait pénétré dans la poitrine, par louverture quoffrait cette rupture ; une portion de lépiploon accompagnait lestomac. Nous fûmes appelés à bruxelles, il y a une douzaine dannée, pour donner nos soins à un homme denviron cinquante ans, qui ne pouvait émettre ses matières stercorales. Depuis quatre ans, il était valétudinaire à cause de cette constipation qui avait fait des progrès continuels, malgré les secours de lart. Son ventre, lorsque nous le vîmes, nétait pas plus gros que dans létat naturel, mais il était tendu comme un tambour. La région abdominale, et par sa forme et par sa dureté semblait contenir une colonne de marbre. Les lavements ne pouvaient pas pénétrer dans le tube intestinal, ils semblaient en être repoussés ; il fallait se servir dune seringue denfant nouveau-né pour injecter quelque liquide dans le rectum ; alors, après des efforts inouïs, le malade rendait des excréments dont la consistance ressemblait à celle dune pâte très-pétrie ; ils avaient la forme dun ruban de soie de la largeur dune ligne, et ils étaient aussi minces. Le malade en rendait à la fois une ou deux aunes, tous les deux ou trois jours, après plusieurs injections semblables à celles dont nous venons de parler. A la mort de ce sujet, qui éprouvait les plus atroces coliques, nous reconnûmes que la totalité du tube intestinal était racornie et tellement oblitérée, quune sonde de poitrine avait de la peine à y pénétrer, même dans le rectum, qui était devenu presque cartilagineux ; les autres intestins ne présentaient pas ce caractère particulier. Le foie était très-noir et très-dur, mais il navait pas augmenté de volume. Nous ne remarquâmes point dautres particularités dans lexamen des autres viscères. Cette singulière maladie, à ce que nous découvrîmes, en questionnant le sujet, était due à lusage quil avait fait pendant un an de lacétate de plomb, pris en lavement et en boisson, pour combattre une diarrhée, qui depuis longtemps le tourmentait, et navait pas voulu céder aux remèdes ordinaires. Il est affligeant de dire que ce fut par le conseil dun homme appartenant à lart de guérir, que le malade avait fait usage dun poison aussi insidieux que celui dont nous venons de parler. Un malade observé par le docteur Mangin, ne vivait que de lait, ses selles étaient absolument supprimées, on lui retirait de lanus une infinité de petits calculs. Nous avons vu un fait semblable chez un vieillard de quatre-vingts ans, qui, depuis plus de vingt ans ne vivait que de lait très-sucré, seul remède efficace quil eût pu opposer à une dysenterie scorbutique. Quoique vieux, son anus repoussait au dehors les petits cailloux blancs, qui samassaient dans le rectum ; cette opération avait lieu tous les huit ou neuf jours. Ce vieillard jouissait dune excellente santé ; il était gai, actif ; il avait toutes ses dents, mais elles semblaient avoir été limées au niveau des gencives. Il est mort de frayeur à lâge de quatre-vingt-sept ans. Il est à remarquer quétant subitement tombé dans létat denfance à la suite de cette frayeur, il rendit, dès-lors des excréments semblables à ceux des enfants ; il les rendait involontairement ; il ne vécut que cinq jours dans cet état déplorable. Le professeur Jacques Thommassini a inséré, en 1808, dans le Journal de médecine de Parme, lobservation suivante : un homme de trente ans, fluet, brun, et dun naturel vif, eut, dès les premières années de sa vie, une paresse du ventre peu ordinaire à lenfance ; chaque année, ses selles devenaient plus rares ; de vingt à vingt-quatre ans, une évacuation tous les huit ou dix jours ; ensuite tous les douze jours. A vingt-six ans, une tous les vingt-deux jours. La maigreur, qui depuis son enfance affecte le sujet, augmente dans la même proportion que la constipation ; au moment où le docteur Thommassini lobserve, il a trente ans, son appétit est considérable ; il mange autant que deux personnes ; il éprouve une grande soif ; ses urines sont naturelles quant à la quantité et à la qualité. Aucun remède, nul régime nont pu combattre cette constipation ; les purgatifs opèrent, mais ils affaiblissent le sujet. Les matières quil rend sont dures et ont la forme de petites pelotes ; la langue est bonne, le ventre dans létat naturel, le pouls est fréquent et la chaleur naturelle. M. Revolat a communiqué à la Société de Médecine de Marseille, lobservation dun sujet éminemment nerveux, et que de fréquents abus dans le régime, avaient jeté dans un état déplorable ; il éprouva pendant six mois, une suppression totale des évacuations stercorales. Des tempérants, combinés avec de légers toniques, ont combattu avec succès cette étonnante constipation ; lordre naturel sest rétabli. Un soldat russe avait une ascite des plus volumineuse accompagnée dune infiltration énorme du scrotum et des extrémités inférieures. Vu labsence de la douleur, de la chaleur, de la fièvre, le ventre étant serré, la sécrétion des urines nulle, le docteur Armet, médecin de lhôpital militaire de Valenciennes, administra les minoratifs et les diurétiques. mais ces remèdes trompèrent lespoir du savant médecin qui les administraient : les diurétiques agissaient comme purgatifs, et les minoratifs comme drastiques. Ce russe ayant succombé, le péritoine et la surface externe de tous les viscères quil recouvre, présentaient les vaisseaux sanguins comme sils eussent été admirablement injectés. Ce caractère particulier du système sanguin dans lhydropisie, fit penser au docteur Armet que les russes qui étaient depuis longtemps prisonniers à Valenciennes avaient éprouvé, sous le ciel de la France, un changement de constitution, et que les hydropisies dont presque tous ceux quil avait dans son hôpital étaient atteints, pouvaient provenir de la conversion de la constitution muqueuse dont les russes sont doués, en constitution inflammatoire. Daprès ce système, le docteur Armet fit saigner un russe hydropique, qui présentait les mêmes symptômes et la même idiosyncrasie que le précédent. Quinze saignées le guérirent en cinq ou six semaines ; chaque saignée était de six à sept onces ; elle rendait la liberté au ventre et favorisait la sécrétion des urines ; à chaque saignée le malade recueillait des forces et de la gaieté, au point quil en sollicitait une nouvelle dès quil nallait point à la selle ou nurinait pas. Le régime végétal, les boissons émollientes légèrement nitrées, des lavements émollients furent les seuls moyens internes mis en usage. Le docteur Armet dit navoir jamais vu, pendant le temps dune pratique longue et très-nombreuse, une ascite aussi volumineuse que celle de ce russe : le scrotum était gros comme la tête dun enfant de sept ans. Une quarantaine de russes furent successivement traités dascite, plusieurs avec complication dhydrothorax, par le même procédé : les saignées répétées ont constamment produit la guérison. (Lettre du docteur Armet à son ami le docteur Fournier, an ii.) Vicq-dAzyr rapporte, dans son article anatomie pathologique, (Dict. encycl.) une observation qui doit figurer parmi les cas très-rares, à cause de la cumulation des causes délétères qui ravageaient les différents viscères du sujet. On sétonnera quil ait vécu avec une désorganisation aussi complète des parties les plus essentielles à la vie. Madame***, dune taille assez élevée et maigre, fut affectée dune maladie qui ne semblait intéresser que la poitrine, ses crachats étaient muqueux et sanguinolents. Quatre ou cinq mois après, elle mourut. On trouva le foie dun volume énorme, descendant jusquà lombilic ; le grand lobe se portait dans lhypocondre gauche, où le ligament suspenseur avait été rejeté ; la couleur de ce viscère était naturelle, mais sa substance était comme de la bouillie. La vésicule était à moitié remplie de bile ; le jéjunum et une partie de liléon étaient dune couleur noirâtre en plusieurs endroits ; dans dautres parties, ces intestins étaient enflammés ; il y avait dans lappendice du cæcum une pierre friable de la grosseur dune petite noisette, laquelle, séchée, sallumait à une bougie. Un cheveu occupait le milieu des couches dont cette pierre était formée ; la consistance de la matrice était dure ; sa cavité était oblitérée : une tumeur stéatomateuse, de la grosseur dun gros uf de canne, occupait son foie, bien que rien nen eut fait soupçonner la maladie avant la mort ; les ovaires contenaient une espèce de sable ; les reins étaient flasques et assez gros ; le poumon droit était adhérent aux côtes par la partie postérieure, retiré et rempli de tubercules ; en les coupant, il en sortait un mucilage sanguinolent semblable aux crachats que rendait la malade ; le poumon gauche était garni de semblables tubercules, mais il navait contracté aucune adhérence ; le cur était flasque, mais sans vice organique : nul épanchement dans la poitrine. On lit dans le tome xvi du Journal de Médecine, lobservation suivante ; M. Demet, docteur médecin, rapporte que M. de V., âgé de cinquante ans, dune constitution robuste, avait eu dans sa jeunesse des hémorragies considérables (nasales sans doute), qui ont cessé à vingt-cinq ans ; dès lors M; de V. sentit des douleurs au côté droit de labdomen. Ces douleurs ne le quittèrent jamais : à quarante-trois ans, il sen joignit une nouvelle à la région lombaire. Il invoqua et reçut en vain les secours de lart. Il fut encore accablé dune hématurie très-alarmante. Un jour, à la suite dun pissement de sang considérable, le malade rendit par lurètre, un ver long de quatorze pouces huit lignes, et de la grosseur dun tuyau de plume doie ; il se sentit singulièrement soulagé : lhématurie cessa. Dans lespace de trois mois, M. de V. a rendu par lurètre cinquante de ces vers de différentes grandeurs et de diverses formes. La plupart sont gros comme un petit tuyau de plume doie, et longs de six à huit pouces ; ils ressemblent beaucoup par leur forme et leur couleur aux lombricaux des intestins : les autres nont quenviron dix-huit à vingt lignes de longueur. le malade était prévenu de la sortie de ces insectes, par un sentiment de chaleur dans toutes les voies urinaires, et par un léger mouvement fébrile qui cessait aussitôt que les vers étaient expulsés des reins dans la vessie ; il les rendait morts. Un homme attaqué de gravelle et qui avait été hémiplégique, fut atteint dune rétention durine ; à la suite de violentes douleurs, il sortit de lurètre un corps noirâtre cylindrique, ayant la forme dun vers ; ce corps fut suivi de beaucoup de sang mêlé avec les urines ; peu de moments après, le malade rendit un autre corps semblable au premier et long dune aune, il en rendit consécutivement plusieurs autres. Exposés à lair, ils contractaient une couleur plus noire ; ils acquéraient une plus grande ténacité dans lesprit-de-vin. (Hist. Acad. 1735.) Un homme déjà âgé sétant remarié, ne pouvait éjaculer quoiquil entrât en érection. Étant mort dune maladie aiguë, on trouva le vérumontanum durci et gros comme une petite noix. La semence était dans un état de putréfaction : les vaisseaux éjaculatoires étaient remplis de pierres fort dures, grosses comme des pois. (Zodiac. Gallic. ann. 2.) On lit dans le Journal de physique de Rozier, quun homme âgé de quarante-cinq ans, et jouissant dune bonne santé, rendait par les urines, à différentes reprises, un ver long denviron quatre lignes, large dune ligne et demie. Cet homme nétait nullement incommodé par ces insectes. Description: tête petite, effilée, portant à son extrémité deux petites antenales, sur les deux côtés deux petites huppes de poils ; deux rangées de neuf pattes terminées par un crochet, les pattes velues ; le corps velu et dun jaune fauve. Plusieurs célèbres médecins de la capitale, et parmi eux MM. Alibert, Portal et Gastellier observent, au moment où jécris, un écoulement leucorrheique très-remarquable par rapport à son abondance, et surtout à cause de lâge du sujet : cest une demoiselle âgée de neuf ans ; sa taille est plus grande que celle des jeunes personnes du même âge ; le développement de ses facultés intellectuelles et de son organisation physique annoncent une grande précocité. Son teint habituellement pâle, sanima facilement à la plus légère émotion de son âme. Ses cheveux sont dun blond châtain, ses sourcils plus foncés, et les cils sont noirs ; elle a les yeux bleus, grands, peu animés, et la pupille dilatée. Le nez et les lèvres ne présentent aucun caractère scrofuleux. Depuis deux ans, cet enfant éprouve un écoulement lactiforme très-abondant et provenant du vagin ; cet écoulement est continuel ; à certains instants de la journée, il augmente à tel point que la malade, placée sur un siège, lobservateur voit le flux leucorrheique séchapper à grands flots du vagin : peu de moments suffisent pour en recueillir une pinte. Cest alors une liqueur dun blanc mat, et semblable à du lait. Lanalyse chimique a prouvé quelle ne contient pas durine, mais une substance caséeuse. Divers moyens indiqués par la thé-rapeutique ont été infructueusement mis en usage ; tous produisent des accidents nerveux plus ou moins graves. Une douche ascendante prescrite par notre collègue M. Alibert, a supprimé lécoulement pendant une demi-journée, mais cette suppression a été suivie de vives douleurs à labdomen et dagitations nerveuses. M. Alibert a sagement renoncé à toute médecine agissante, chez un sujet dont on ne peut découvrir la cause de la maladie. Il est à remarquer que le pouls est toujours dans létat naturel, que lécoulement a lieu sans douleurs, la malade nen éprouvant que lorsquil cesse pour quelques instants : elles ont lieu aux parties génitales, particulièrement aux grandes lèvres qui se tuméfient et deviennent rouges ; la petite malade ressent habituellement des douleurs aux lombes et aux cuisses ; elle ne peut marcher sans éprouver de nouvelles douleurs aux articulations des cuisses avec le bassin, lesquelles se communiquent au bas-ventre et à la colonne vertébrale, en sorte quelle est forcée de demeurer assise ou couchée. Je trouve, dans une brochure fort bien faite sur la topographie médicale de lIsle-de-France, une observation à peu près analogue à la précédente, elle a été recueillie par M. Chapotin, auteur de cet ouvrage, et chirurgien major de lhôpital militaire de lIsle-de-France. Un jeune homme créole, dune faible constitution, avait été sujet, dans son enfance, au pissement de sang, qui ne cessa quà lâge de quatorze ans ; vers lâge de dix-sept ans, il prit un accroissement assez rapide. Peu de temps après, il éprouva de vives douleurs aux lombes ; elles durèrent peu de jours et furent suivies dun écoulement durine semblable à du lait. Le malade fut traité, pendant deux mois, par des moyens relâchants ; il devint maigre et faible, le visage pâlit et se couvrit de boutons, les digestions saltérèrent, il y avait cinq ou six selles dans les vingt-quatre heures, et des sueurs copieuses au moindre exercice; les urines, en moindre quantité que les boissons, présentaient, dès quelles étaient bien refroidies, une masse blanchâtre, coagulée et imitant parfaitement le lait caillé, avec une odeur faible et fade. Ce coagulum pressé, laissait échapper une sérosité blanchâtre, qui, soumise à lanalyse, a fourni une assez grande quantité de fibrine ; leau bouillante et laction de lacide sulfurique ont démontré la prédominance de lalbumine ; la gélatine y était en plus faible quantité ; il ny avait presque point durée et peu de sels ordinaires à lurine. Les aliments pris dans le règne animal, le vin, les amers, le quinquina combiné avec les ferrugineux prescrits par M. Chapotin, ont ranimé les forces du malade. Un liniment savonneux, puis un liniment volatil avec addition de teinture de cantharides, furent appliqués sur les régions lombaires et ombilicales. La teinture de cantharides, administrée à lintérieur, à la dose de trois gouttes par jour, puis portée à celle de vingt-quatre, a été le remède le plus efficace, et les urines ont repris leur état naturel : dabord la fibrine a disparu, ensuite lalbumine, puis la gélatine. A mesure que ces substances diminuaient, et que lurée augmentait, les urines acquéraient une couleur plus jaune. Lusage des cantharides ne dura que douze jours. En 1781, un paysan, âgé de trente-six ans, tomba de cheval sous la roue dune voiture : cet homme portait un tablier qui, accroché et entraîné par la roue, enveloppa tellement la culotte et le parties génitales, que le tout fut arraché. Le blessé ne sentit pas sa douleur, et remonta à cheval pour regagner sa maison, située à deux cents pas. Lhémorragie fut peu considérable : la plaie sétendait de devant en arrière, depuis la partie supérieure du pubis, jusquà quelques lignes de la marge de lanus, et occupait, dun côté à lautre, tout lintervalle des cuisses ; le canal de lurètre était arraché avec la verge, jusquauprès du col de la vessie ; il ne restait nul vestige ni des bourses, ni du testicule droit ; le gauche pendait encore au cordon, enveloppé dans sa tunique vaginale : le cordon spermatique, gonflé et aussi gros que le testicule même, ressemblait à une verge dépouillée de ses téguments externes ; la prostate contuse ne tenait plus quà quelques fibres, et pendait hors de la plaie devant la marge de lanus. A laine droite, lintestin se présentait à nu dans une hernie inguinale quavait le blessé. Les soins dun habile chirurgien ont conservé les jours de cet infortuné : deux mois suffirent pour quil obtint la cicatrisation complète de cette plaie si considérable : il est resté sous la symphyse du pubis, une ouverture de trois lignes de diamètre, qui sert à lissue des urines. (Bibliothèque chirurgic. de Richter, vol. 7.) Le même écrivain rapporte une observation de M. Schneider sur une rétroversion fort rare de la matrice. Une femme de cinquante-sept ans, mère de plusieurs enfants, navait pas uriné depuis sept jours, M. Schneider trouva que le museau de tanche de la matrice était retourné en devant, et fortement appliqué contre la partie supérieure de la symphyse du pubis. Lhabile chirurgien repoussa avec le doigt la matrice en arrière, et opéra sa réduction, au moyen de laquelle la malade rendit seize pintes durine. Lon attribua cette rétroversion à un grand effort quavait fait cette femme, auquel avait succédé une douleur qui cessa après la réduction. Le docteur Amos Hamelin, de Durham, état de New-York, a observé des cheveux croissants dans lintérieur de la vessie. Il y avait dans cet organe, près de lovaire droit, une tumeur à peu près du volume dun uf de poule. Lintérieur de la vessie renfermait une matière épaisse et fétide, mêlée avec des cheveux qui naissaient de la membrane interne qui couvrait cette tumeur. Les cheveux, réunis en une masse ovale, sétaient accommodés à la forme de la vessie ; cette masse, avec la matière qui y adhérait, avait cinq pouces de longueur et trois de largeur. Les cheveux séparés, lavés et séchés pesaient deux gros. La tumeur incisée contenait une substance osseuse et une matière qui ressemblait à celle du cerveau. Cette femme, qui navait pas fait denfant auparavant, avait été incommodée, depuis trois ou quatre ans dune strangurie, et elle en avait souffert plusieurs fois durant sa grossesse. Le docteur Valentin, qui a publié cette observation dans le journal de Médecine, ajoute quil a vu, à Nancy, une tumeur informe, à peu près du volume dun uf de dinde, que feu Laflize père, habile chirurgien, avait extraite du ventre dune jeune fille, à loccasion dun dépôt quelle avait sur le côté et qui avait nécessité louverture de cette cavité. La tumeur était couverte dune enveloppe cutanée, pourvue de longs cheveux et portant plusieurs dents irrégulièrement placées, parmi lesquelles il y avait de grosses molaires. Une demoiselle âgée de vingt-six ans, éprouvait dexcessives douleurs au ventre ; elle y portait une tumeur énorme. A sa mort, on trouva les deux ovaires aussi gros que la tête dun adulte. Lovaire droit pesait cinq livres quatorze onces, et le gauche cinq livres et dix onces ; ils étaient durs, leur superficie était inégale ; les vaisseaux lymphatiques étaient très-gonflés, et les spermatiques rétrécis. La substance interne des ovaires était unie et compacte, sa couleur dun jaune clair. Les os voisins des ovaires furent trouvés réduits en pâte. (Hist. acad. 1707). Albosius rapporte lobservation dun ftus qui resta vingt-huit ans dans le sein de sa mère : il était pétrifié. En 1716, une femme de Joigny, alors âgée de trente ans, mariée depuis quatre, et qui navait eu quune fausse couche dans les premières époques de son ménage, devint enceinte ; trois mois après, elle sentit remuer son enfant et le lait se porta aux mamelles. A neuf mois, elle éprouva des douleurs qui annonçaient le travail de laccouchement ; elle perdit de la sérosité comme cela arrive en pareille occurrence ; cependant lenfant ne se présenta point et les douleurs cessèrent ; elles revinrent un mois après et ne furent pas expulsives. La malade tomba dans un état de faiblesse, une sorte dépuisement qui fit craindre pour ses jours. Cet état se prolongea jusquau dix-huitième mois, alors les forces revinrent ; les douleurs cessèrent, mais le lait ne disparut pas et resta stationnaire dans les mamelles pendant plus de trente ans. Les règles ne se manifestèrent plus. Le sujet mourut à lâge de soixante et un ans dune péripneumonie. A louverture du cadavre, les téguments du bas-vente se trouvèrent amincis ; on remarqua, dans cette cavité, une tumeur dun aspect squirreux et grosse comme la tête ; elle était située dans les régions hypogastrique et ombilicale, du côté droit ; il y avait adhérence entre elle et lépiloon, ainsi quavec le péritoine et le fond de la matrice ; elle était immédiatement placée dans la trompe droite. Cette tumeur pesait huit livres ; elle renfermait un ftus mâle bien constitué et tel quon remarque un enfant à terme ; il avait quatre dents incisives, deux supérieures et deux inférieures ; il navait point dodeur et nétait imprégné daucune liqueur ; la peau était épaisse, calleuse et dun jaune terne. Les os paraissaient plus gros que chez les nouveaux-nés ordinaires. Le sujet était enveloppé du chorion et de lamnios, ces membranes étaient ossifiées ainsi que le placenta : le cordon ombilical était desséché. Cette observation fut recueillie par deux médecins et un chirurgien. Un enfant fut trouvé sans cordon, ni placenta, ni enveloppes, dans le ventre dune femme qui était grosse depuis vingt-trois ans. Lenfant était presquentièrement pétrifié. (Walter, Mém. de Berlin, 1774). Au bout de vingt-cinq mois de gestation, une femme âgée de quarante-cinq ans, et qui avait porté onze enfants à terme, eut une tumeur au nombril ; elle souvrit et laissa sortir un enfant putréfié : la malade guérit (J. Marchander, 1611). Un cas semblable est rapporté par Albucasis, lib. ii, cap. 76, cétait une femme grosse de deux enfants, elle eut un abcès au nombril ; les enfants sortirent tout pourris par louverture de labcès, et la mère nen guérit pas moins. Une femme de trente-trois ans eut un abcès au nombril, sans inflammation ; il souvrit et donna issue aux ossements dun ftus ; les règles coulèrent par cette nouvelle ouverture, qui ne fut pas longtemps à se cicatriser. Alors les menstrues reprirent leur route naturelle. La femme devint grosse et fit par la suite plusieurs enfants. (Richer, Commerc. littér., 1733). Les trois cas qui viennent dêtre cités sont rapportés par des auteurs dont on ne peut récuser le témoignage ; il est évident que les abcès qui ont facilité la sortie des ftus par lombilic, avaient été produits par la présence des enfants déjà sortis de la matrice par suite dun abcès primitif que, devenus corps étrangers, ils avaient excités à cet organe. Une femme, au bout de trois mois de grossesse, saperçut quelle perdait une humeur putride par la vulve ; elle éprouva de la fièvre et les signes de la gestation cessèrent. Il lui survint des douleurs au ventre, du ténesme, de la constipation, après quoi elle rendit, par lanus, plusieurs petit os, et recouvrait la santé. (Comment. Leipsick, tom. xii). Ici cest un dépôt de la matrice qui sest ouvert dans le rectum par où est sorti, par parcelles, le ftus dont la matrice na pu se débarrasser par la voie ordinaire, faute de pouvoir se dilater à son orifice. On lit, dans le Journal des savants de 1722, quune femme avait une tumeur qui faisait saillie dans le vagin et dans le rectum ; on fit une incision à cet intestin, et il en sortit un enfant mort. Le docteur Girard, de Lyon, rapporte quune femme qui était accouchée il y avait quelque temps, crut à une nouvelle grossesse : ses mamelles sengorgèrent et fournirent une liqueur laiteuse ; elle sentait, dans le ventre, des mouvements semblables à ceux dun enfant ; cependant elle avait ses règles chaque mois, bien que son ventre se développât progressivement comme dans la gestation. Entre le dixième et le onzième mois, il lui survint des douleurs, comme celles de laccouchement ; ces douleurs cédèrent à lusage des bains ; la grosseur du ventre se dissipa, ainsi que les autres signes fallacieux de la grossesse. Le même médecin a vu une fille qui, éprouvant tous les signes de la grossesse, confessa à ses parents quelle avait eu commerce avec un homme : les parents poursuivirent le séducteur par voie de justice ; mais au neuvième mois, lusage de dix bains fit disparaître tous les signes de grossesse qui avaient trompé laccoucheur lui-même. Jai vu un cas de cette nature qui mérite dêtre rapporté dans cet article. Une femme, qui avait eu plusieurs enfants, éprouva une affection de poitrine, qui fut suivie dun dème général ; il y avait quinze mois que la malheureuse luttait contre ses souffrances, et que son mari ne cohabitait point avec elle ; ses règles sétaient supprimées depuis plusieurs mois, son ventre avait grossi, ses mamelles sétaient gonflées et laissaient couler une sérosité laiteuse. Elle éprouvait des nausées, comme dans ses grossesses précédentes ; enfin elle sentit des mouvements distincts dun enfant. Laccoucheur les sentait lui-même ; elle disait souvent à son mari quelle était grosse ; celui-ci, sûr de la vertu de sa femme, qui dailleurs navait pas quitté son lit ou son appartement depuis quinze mois, combattait cette idée, quil croyait suggérée par la maladie de sa femme qui, effectivement, avait, depuis quelle léprouvait, de fréquentes aberrations desprit. Cependant le ventre se développa considérablement, et onze mois après la suppression des règles, il survint des douleurs semblables à celles de lenfantement. Nous étions trois médecins présents à cette scène et un accoucheur. l est à noter que ce dernier qui, depuis un mois, avait touché plusieurs fois la malade, la déclarait enceinte. Le mari, qui se croyait sûr de son fait, soutenait quil était impossible que sa femme fut grosse, puisquil y avait quinze mois quil navait cohabité avec elle. La dame, au contraire, affirmait quelle était grosse et ne répliquait rien à largument du mari ; elle ne songeait pas à se disculper dune infidélité dont elle était incapable, et disait, il se peut que ce soit de quinze mois, mais je suis certaine-grosse ; je le suis, je sens remuer mon enfant. Tout à coup les douleurs expulsives se succèdent, un corps se présente à la vulve, laccoucheur le reçoit, il avait la forme et le volume dun enfant qui vient avec ses membranes ; laccoucheur, deux amies de la malade, qui partageaient son opinion, crient victoire! lenfant est déposé sur une table, et le mari, présent, est frappé détonnement et peut-être dune juste indignation. Déjà, reprenant lusage de sa raison, il prie les spectateurs de ne point ébruiter ses aveux précédents et quil venait de renouveler encore. Mais quelle douce surprise! je métais approché de cet enfant dont personne ne soccupait, je le touche et maperçois que ce nest quune masse informe, recouverte dune membrane très-mince, dune espèce de parenchyme : je le divise avec les doigts, et je découvre une masse dhydatides grosses comme de gros grains de raisin muscat dEspagne. A peine furent-elles exposées à lair, quelles se réduisirent en liquide, et, cinq minutes après, il nexistait plus de vestiges de ce corps, si ce nest la membrane presquimpalpable. Lécoulement puerpéral eut lieu pendant quelques jours, le ventre diminua, ses mouvements cessèrent : mais linfortunée créature, qui languissait dans les plus cruels tourments, était destinée à en éprouver de nouveaux qui bientôt la ravirent à son époux. M. Gazin, chirurgien à Tournai, accoucha une femme dont la partie utérine du placenta était ossifiée ; cette ossification sétendait de trois à quatre lignes dans la substance spongieuse du placenta. Le fond de cette face présentait, dans la largeur de quatre lignes, une substance moins dure que lautre, mais semblable quant à la densité et à la couleur. Cette face était sillonnée, en tout sens, par une substance élastique et qui se rapprochait de la nature cartilagineuse. La grossesse de cette femme, âgée de vingt-huit ans, offrit cela de particulier quau septième mois, elle éprouva une douleur permanente répondant à la région ombilicale, et qui se propagea jusquau moment où elle fut délivrée. Le travail de lenfantement fut court et le placenta suivit immédiatement lenfant. M. Neyronis, chirurgien à Saint-Gobain, rapporte lobservation dune grossesse mortelle. Une femme de quarante-deux ans, qui avait porté dix enfants à terme et amenés à bon port, et deux fausses couches, était grosse, à terme, de son treizième enfant. Depuis le cinquième mois, elle avait éprouvé de fréquentes et considérables pertes. A lépoque de laccouchement, elle en éprouva une très-forte. La matrice ne se dilatait pas ; elle mourut. La tête de lenfant avait vingt-deux pouces de circonférence sans quelle fût hydrocéphale. Les parois de la matrice étaient de consistance carcinomateuse ; elles avaient trois pouces dépaisseur vers le fond. Le col seul était dans létat naturel. Ces causes suffisaient pour rendre laccouchement impossible et la grossesse mortelle. Je doute même que lopération césarienne, au cas où on laurait tentée, eût pu sauver la mère : quant à lenfant, pouvait-il vivre avec une telle tête? Il est à regretter que M. Neyronis nait pas examiné létat du cerveau de cet enfant. Une femme un peu âgée, mère de plusieurs enfants, dune constitution délicate, à la suite de grandes fatigues, fut attaquée dune descente partielle de la matrice ; il en résultat une inflammation et le sphacèle du fond de cet organe, dont une portion de la largeur dun écu de six francs, qui sortait par la vulve, se sépara. Linflammation diminua, et la malade guérit promptement et sans secours. Les secousses quelle éprouva dans un long voyage quelle fit dans une charrette, donnèrent lieu à une chute complète de matrice qui sortait en entier de la vulve. Inflammation violente, fièvre aiguë, maux destomac, faiblesse et grandes douleurs dans les lombes. La matrice avait acquis le volume de la tête dun enfant ; elle était noire, exhalait une odeur fétide et portait les marques de la mortification ; le pouls petit et faible. Les remèdes appropriés nempêchèrent pas que la matrice, qui était en putré-faction, ne se séparât ; elle tomba entièrement : la fièvre et les accidents cessèrent. La malade guérit, et, plusieurs mois après, le docteur Elmer, qui lavait soignée, apprit quelle jouissait dune bonne santé. (Annal. de littér. médic. étrangère). Une femme de vingt-huit ans, bien constituée, au huitième mois de sa grossesse, eut la partie génitale externe très-infiltrée ; quelques jours avant laccouchement, linfiltration devint universelle ; les douleurs de lenfantement se manifestèrent, mais la prostration des forces organiques étaient telles, quil fallut employer de forceps pour terminer laccouchement. La délivrance neut pas lieu, le cordon ombilical était variqueux et avait près de cinq pouces de grosseur. Nous reconnûmes que le placenta était renfermé dans un kyste adhérent au fond de la matrice, et quil sopérait une perte de sang dans ce kyste. Nous le déchirâmes et la délivrance seffectua. Nous pensons que ce kyste était formé dune expansion de la membrane amnios. Un berger du Languedoc, nommé Gabriel Gallien, sadonna à la masturbation dès lâge de quinze ans ; il sabandonna à cette pratique avec tant dexcès quil sy livrait jusquà huit fois par jour. Bientôt il ne put éjaculer que rarement ; souvent il se polluait pendant une heure avec de pouvoir arriver à ce résultat ; il entrait à force de fatigues, dans un état de convulsion générale, et léjaculation, au lieu de sperme, ne produisait que quelques gouttes de sang. Pendant onze ans, Gallien ne sexcitait quavec la main ; mais à vingt-six ans, ne pouvant plus arriver à ses fins avec leurs secours, qui ne parvenait quà entretenir la verge dans un priapisme presque continuel, il savisa dirriter lurètre avec une baguette de bois denviron six pouces de longueur, et employait plusieurs heures de la journée, et à différentes reprises, à y introduire cet instrument. Pendant seize années, il parvint à éjaculer au moyen de ce frottement si rude ; à la fin, le canal de lurètre devint dur, calleux et tout à fait insensible. La baguette du berger lui devint inutile, et ce fut pour lui la plus grande des infortunes : une érection continuelle que rien ne pouvait apaiser, le tourmentait, car Gallien avait pour les femmes une aversion insurmontable ; il devint mélancolique, négligeait les soins de son troupeau ; et ne songeait quaux moyens de pouvoir apaiser ses désirs continuels : désespéré de nobtenir aucun succès dune foule de tentatives, il sarma dun couteau et sincisa le gland suivant la longueur du canal de lurètre. Une pareille opération, loin de lui causer de la douleur, lui procura une sensation agréable et produisit une abondante éjaculation spermatique ; dès-lors, heureux davoir fait une découverte qui mettait le comble à ses désirs, il répéta fréquemment son expérience dont le résultat était toujours une éjaculation complète. Ce malheureux, après avoir recommencé peut-être mille fois cette horrible mutilation, parvint à fendre sa verge en deux parties égales, depuis le méat urinaire du gland, jusquà la partie de lurètre et des corps caverneux qui répond au dessus du scrotum et près de la symphyse du pubis. Quand il éprouvait une hémorragie trop abondante, il larrêtait en liant la verge avec une ficelle. Les diverses incisions quil avait faites, nempêchaient pas les corps caverneux dentrer en érection ; ils se divergeaient à droite et à gauche. La section de la verge se portant jusque sur los pubis, le couteau de notre berger lui devint inutile ; nouvelles privations, nouveau chagrin, et de nouvelles tentatives pour satisfaire les faux besoins quil sétait créés. Il y parvint au moyen dune baguette plus courte que la première ; il linsinuait dans la portion qui lui restait du canal de lurètre ; il le titillait ainsi que les orifices des conduits éjaculateurs, et provoquait léjaculation séminale. Pendant dix ans, il parvint à satisfaire, par ce nouveau moyen, la fureur dont il était possédé. Enfin, un jour, il enfonça sa baguette avec si peu de précaution, quelle lui échappa des mains, et senfonça dans la vessie. Peu après, il éprouva de cruels accidents ; toutes les tentatives quil fit pour expulser le corps étranger de la vessie, la rétention des urines, le pissement de sang, le hoquet, le vomissement, une diarrhée sanguinolente, obligèrent cette triste victime de la plus singulière dépravation, daller, à lHôtel-Dieu de Narbonne, consulter le chirurgien de cet établissement, qui fut étonné de trouver au malade deux verges, dont chacune avait à peu près le volume dune verge naturelle. Les douleurs atroces quil éprouvait, décidèrent le chirurgien à faire lopération de la lithotomie, au moyen de laquelle il fit lextraction de la baguette, qui, bien quelle neût séjourné que trois mois dans la vessie, était incrustée dune grosse masse olivaire de matière calculeuse à lune de ses extrémités. Après quelques accidents qui tenaient à la débilité du sujet, à la dégradation de sa constitution, Gallien fut entièrement guéri. Trois mois après, il fut atteint dune affection de poitrine dont il mourut. Louverture du cadavre fit voir quune phtisie pulmonaire, suite de ses trop longues masturbations, avait terminé ses jours. (Traité des maladies des voies urinaires, par Chopart). Aucun sarcocèle décrit par les auteurs nest aussi remarquable que celui de Charles Delacroix, opéré par M. Imbert de Launes : en voici la description abrégée, que nous avons extraite de lobservation publiée par lobservateur. Il y avait quatorze ans que feu Charles Delacroix portait un sarcocèle monstrueux au testicule gauche ; cette tumeur pesait trente-deux livres ; elle était plus saillante que le ventre dune femme prête à accoucher ; les bourses et les téguments voisins lui servaient denveloppe, au préjudice des autres parties de la génération quil était impossible dapercevoir ; placée sur le côté gauche plus que sur le droit, elle avait la forme dun cur arrondi et irrégulier, dont la base se portait à droite, posant sur le bas-ventre et la cuisse, du même côté. La pointe se dirigeait sur la cuisse gauche. La longueur était de quatorze pouces sur dix de hauteur, dans son centre ; le pédicule de cette tumeur était le cordon spermatique, développé comme le testicule ; il paraissait se propager sur la région hypogastrique, sur le pubis et sur le périnée, jusquà lanus. Tout le monde sait que M. Imbert fit une opération aussi belle que hardie, dont le succès délivra le malade du fardeau insupportable qui menaçait incessamment ses jours. Charles Delacroix fut parfaitement guéri, et vécut encore onze ans. Les cas quil nous reste à exposer pour terminer cet article nétant plus de nature à être classé dans lordre des divisions du corps humain, nous nous bornons à les spécifier individuellement. Corps étrangers avalés. Vanderviel, (Obs. vol. cent. 2.), rapporte quun enfant mâle, âgé de sept ou huit ans, avait avalé, en jouant, une épingle longue de deux travers de doigt. Au bout de plusieurs années, il ressentit des douleurs à la région des reins et de la vessie : on lui fit boire des eaux minérales, et ce traitement provoqua la sortie, par les urines, de plusieurs graviers dune matière noirâtre et fétide, accompagnés de petits vers vivants. Ayant fait de grands efforts pour uriner, on sentit la pointe de lépingle au bout du gland et dans le méat urinaire ; et Vanderviel en fit lextraction. Cette épingle était incrustée en grande partie dune substance grisâtre et assez épaisse pour représenter par sa forme le noyau dune olive. Ce cas est plus vraisemblable que celui rapporté par Diemerbroeck, au sujet de sa femme, qui rendit, dit-il, en urinant, une petite aiguille quelle avait avalée trois jours auparavant. Chopart pense avec raison quil est peu vraisemblable que cette aiguille quil est peu vraisemblable que cette aiguille ait pu passer en si peu de temps des voies de la déglutition par le canal alimentaire, ou à travers le tissu cellulaire, jusque dans la vessie. Le même Vanderviel assure quune petite clef ayant été avalée par hasard, fut ensuite retirée de la vessie ; elle était incrustée de matière calculeuse. Ce cas a de lanalogie avec celui qui est rapporté dans les Transactions philosophiques, année 1668, dune femme qui, dans une violente colique, avala deux balles de plomb, et en rendit une quinze ans après par lurètre ; elle servait de noyau à un calcul. Un capucin, dit Chopart, attaqué de strangurie, fut sondé : on sentit un corps étranger dans la vessie ; lopération de la taille fut faite, et lon retira de la vessie une corde de la grosseur du petit doigt, incrustée dune matière graveleuse. Le capucin avait avalé cette corde cinq mois auparavant, en buvant avec précipitation leau dun puits. Il est à supposer que cette corde a été introduite par lurètre, et que le capucin ne sétait pas confessé avec une véritable sincérité : Chopart pense que si toutefois il a dit vrai, le corps étranger trouvé dans la vessie sy était introduit par une communication établie entre le tube intestinal et la vessie, au moyen dun ulcère. Cest ainsi que doit sexpliquer le passage de la petite clef et de la balle dont nous avons parlé plus haut. Linfortuné Gilbert, ce jeune poète qui, dans son éloquente satire du 18ème siècle, promettait un autre Boileau à la France, Gilbert, devenu fou, avait avalé une clef longue de cinq pouces quatre lignes ; il parlait comme à lordinaire, respirait facilement, ne se plaignait daucune douleur à la gorge ; seulement il avait un peu de peine à avaler les aliments et les boissons. Létat de démence de Gilbert fit quon ne voulut point le croire lorsquil dit quil avait avalé la clef dont on faisait la recher-che ; il répétait souvent, mais toujours avec un rire qui semblait ironique, quil avait cette clef dans sa gorge. Cinq semaines après cet accident, on le conduisit à lHôtel-Dieu de Paris pour y être traité de la folie : là on examina sa gorge avec trop peu dattention sans doute, et on ny aperçut rien : cependant sa voix devint rauque, sa folie sexaspéra, et il mourut. A louverture du corps, on trouva la clef dans lsophage, lanneau situé au bas, et le panneton accroché sur les cartilages arythénoïdes dont les parties molles étaient enflammées et ulcérées, de même quune partie du canal sophagien. Maladie bleue. On lit dans les Annales de littérature médicale étrangère, quune fille de Londres, âgée de vingt et un ans, délicate et sujette depuis son enfance à une petite toux, accompagnée de dyspnée, pendant lhiver, sétant mouillée les pieds durant la menstruation, éprouva une augmentation dans sa toux et dans sa difficulté de respirer ; sa santé saltéra de plus en plus ; sept ou huit mois après, elle éprouvait une toux sifflante, avec anorexie, faiblesse, grande dyspnée ; les règles navaient pas reparu, les mains et les jambes étaient dématiées, la peau était bleue dans toutes les surfaces du corps ; elle avait acquis cette couleur spontanément, et en un jour : la malade ne pouvait se coucher à gauche, et nétait à son aise que sur le dos, ayant la tête élevée ; le pouls très-irrégulier battait cent vingt fois, il était petit et peu sensible. Après lapplication dun vésicatoire, on remarqua que la couleur bleue devint telle que nulle teinture navait pu lui donner cette intensité. La malade mourut : les poumons adhéraient à la plèvre costale diaphragmatique, et à celle qui unit le péricarde ; ils étaient gorgés dun sang noir, dont la couleur dépendait de linaction, de la nullité absolue des poumons. A la mort, la couleur bleue de la peau disparut. M. Caillot, professeur à la faculté de Médecine de Strasbourg, rapporte lobservation suivante dun ictère bleu, quil a eu loccasion de voir. Un enfant de seize mois éprouva, pour la première fois, des mouvements convulsifs qui lui firent perdre connaissance ; son visage devint entièrement violet : depuis lors, il eut de fréquentes syncopes, et toujours accompagnées de la même circonstance ; ces syncopes étaient déterminées par de violents emportements auxquels cet enfant se livrait à la moindre contradiction ; il devenait alors livide, et paraissait comme asphyxié : en appliquant la main sur la région du cur, on y sentait à peine un léger frémissement : on retirait le petit malade de cet état, au moyen des frictions faites sur la poitrine, et en irritant la membrane pituitaire par des odeurs très-pénétrantes. Cet enfant était très-frileux, le moindre exercice lui occasionnait de loppression : ses accès se rapprochèrent de plus en plus, et à onze ans il mourut en faisant des efforts pour aller à la garde-robe. Les téguments de la face, de la poitrine, et des membres pectoraux, étaient dune teinte violette tirant sur le noir ; cette couleur était encore plus prononcée aux extrémités des doigts et des orteils ; les intestins et les autres viscères abdominaux étaient de couleur brun foncé : on eût dit que les vaisseaux étaient injectés dencre ; même coloration aux organes renfermés dans les autres cavités. A peine, dans le cerveau, pouvait-on distinguer la substance corticale de la médullaire : le cou était plus volumineux que dans létat naturel ; il était gorgé de sang : le trou ovale établissait une communication entre les deux oreillettes ; la cloison qui sépare les ventricules, offrait une ouverture par laquelle le doigt pouvait passer ; lorifice de laorte embrassait louverture qui établissait la communication entre les deux ventricules ; lorifice de lartère pulmonaire était très-étroite, et ne présentait que deux valvules sigmoïdes ; cette artère, encore plus rétrécie au-dessus de son origine, augmentait ensuite de diamètre en séloignant du cur ; la tunique était plus mince que chez les autres sujets ; le canal artériel complètement oblitéré, se rendait dans la sous-clavière gauche ; celle-ci donnait naissance à la carotide du même côté, tandis que la sous-clavière et la carotide droite naissaient par deux troncs séparés ; il y avait dans la poitrine un thymus considérable. M. Caillot a vu deux autres malades semblables à celui-ci, quant à la couleur de la peau. Sandifort, Morgagni et Baillie en rapportent des exemples. Le professeur de Strasbourg rend raison de la maladie bleue en lattribuant à un dérangement organique du cur, dérangement qui permet à une partie du sang noir ou vicieux de passer immédiatement des cavités droites du cur aux cavités gauches, sans avoir, au préalable, traversé les poumons. Voyez bleue (maladie). Affection nerveuse. Un petit garçon, âgé de neuf ans, fut saisi dune si grande frayeur, pendant un ouragan affreux qui eut lieu dans les environs de Gênes, en 1787, quil fut pris de violentes convulsions, dune fièvre ardente, et de tous les symptômes de lhydrophobie, quoiquil neût point été mordu précédemment par aucun chien ni autre animal. Il mourut dans cet état. A peine était-il expiré, quil lui sortit par les narines deux houppes de vers lombrics : à louverture du cadavre on trouva tout le canal intestinal rempli de ces insectes jusquau haut de lsophage. Il est présumable que les symptômes hydrophobiques avaient été dé-veloppés par la présence des vers dans lestomac ; que cétait un véritable tétanos quéprouvait le malade. Vicq-dAzyr cite un cas de guérison dépilepsie qui doit trouver place dans cet article. Une femme, âgée de trente-huit ans, était épileptique depuis douze ans ; les accès de son mal sétaient rapprochés au point de revenir quatre à cinq fois par jour ; ils commençaient toujours par une jambe, vers la partie inférieure des muscles jumeaux : le médecin témoin dun accès, enfonça le scalpel dans cette partie, et sentit un petit corps dur quil sépara des muscles, et quil tira ensuite avec des pinces ; cétait une substance cartilagineuse et dure, un ganglion gros comme un très-gros pois, situé sur un nerf que le médecin coupa et sépara de la tumeur. La malade reprit ses sens au même moment et neut depuis aucun accès dépilepsie. Paralysie. M. Mauduyt communiqua, en 1787, à la Société royale de Médecine le fait suivant : un homme de soixante ans avait été fort adonné au coït, et il lexerçait ordinairement debout : il lui survint une paralysie qui noccupait que le contour du bassin, la peau et les muscles étaient insensibles ; la vessie était paralysée ainsi que lintestin rectum : le sujet nurinait quavec le secours de la sonde ; son anus était si dilaté, quon y introduisait la main avec facilité pour retirer des excréments secs et durs qui séjournaient dans le rectum : les membres abdominaux jouissaient de la sensibilité et du mouvement, comme dans létat naturel. Vepfer rapporte quun vieillard hémiplégique présentait le singulier phénomène dune jaunisse qui naffectait que le côté malade ; toute la moitié du corps était si complètement teinte, que le nez de ce côté était jaune, tandis que lautre moitié de la même région du visage jouissait de sa couleur naturelle. Métastase. Cruikshank a vu un crachement de pus chez un homme qui avait une fistule à lanus : ce crachement cessa aussitôt que la fistule eut été guérie par lopération. Assalini rapporte quune femme, à la suite dune couche, fut atteinte dun ulcère fistuleux au milieu de la cuisse : pendant neuf ans cet ulcère fournit une matière semblable à du lait. Assalini assure avoir vu deux autres femmes qui évacuaient du lait par le nombril. Morgagni a vu un cas de métastase extrêmement rare, cest celui dun homme dont la vessie était très-distendue, par une accumulation durine quon navait pas pris le soin dévacuer au moyen du cathétérisme. Il y avait longtemps que cet homme était dans cet état, lorsque le sérum urineux se porta, par une métastase subite, au cerveau ; cet organe en fut inondé. Le sujet mourut, et à louverture du crâne, on trouva le cerveau imbibé de cette liqueur. Ambroise Paré avait observé une métastase qui a quelque analogie avec celle-ci. Il sagit dun cas de péripneumonie, dans lequel survint une douleur de tête très-forte ; au huitième jour de la maladie, le sujet tomba dans un état comateux et périt. Le cerveau fut trouvé baigné de pus ; cette matière était surtout fort abondante entre la pie-mère et la substance corticale. M. le docteur Gastellier, dans son traité des maladies aiguës des femmes en couche, rapporte lobservation suivante : une dame de Nemours fit appeler M. Gastellier, pour le consulter au sujet dun dépôt quelle avait à la partie inférieure de la jambe gauche, près de la malléole externe ; ce dépôt, survenu à la suite dun érysipèle phlegmoneux, avait tous les signes externes de la gangrène : il offrait une surface assez considérable, et la fluctuation était très-sensible. M. Gastellier proposa den faire louverture, mais il était tard, et la malade éprouvait la plus vive répugnance à se laisser opérer. Cependant, le médecin la détermina à y consentir pour le lendemain matin. Ce jour-là, M. Gastellier trouva sa malade dans un grand état de malaise ; elle éprouvait de la cardialgie et des vomissements dune matière purulente. A lexamen de la partie malade, il saperçut quil ny avait plus ni enflure, ni fluctuation, ni aucune apparence de dépôt ; tout avait disparu. On administra lémétique et la malade rendit une prodigieuse quantité de pus blanc et bien formé. Purgée le lendemain, cette dame rendit, par les selles, une grande quantité de la même matière; elle le fut cinq ou six fois, chaque médecine entraînait une certaine quantité de matière purulente. Les maux de cur nont cédé quà lusage des purgatifs. Lidée dune opération quelle redoutait, causa chez la malade une révolution qui détermina cette métastase. Maladies arthritiques. On rencontre, dans tous les cabinets danatomie, des squelettes présentant des articulations ossifiées ; on en voit où le travail morbifique des os est considérable ; mais nulle observation ancienne ou moderne ne fait mention dune solidification articulaire aussi complète, aussi étonnante que celle qui se remarque dans le squelette de François Maurice Marcien Simorre, déposé au Muséum de lÉcole de Médecine de Paris, par M. le professeur Percy : linfortuné Simorre sétait légué à M. Percy, quil appelait à juste titre son bienfaiteur, et le légataire a enrichi le plus beau cabinet dEurope, de la pièce danatomie pathologique la plus curieuse qui existe ; ce squelette est dune seule pièce, un seul os semble le composer, et le squelette dairain, consacré par Hippocrate au temple de Delphe, ne devait pas être plus immobile, dit M. Percy. Nous allons donner une idée de la cruelle maladie qui accabla une partie de la vie de Simorre. M. Percy a bien voulu nous communiquer un mémoire rempli dérudition et de détails fort curieux, quil a rédigé sur sa maladie et sur sa vie ; nous y puiserons avec discrétion les détails qui nous sont indispensables. Simorre était né à Mirepoix, département de lAriège, le 28 octobre 1752 ; à lâge de quinze ans, il était entré dans la carrière militaire, et avait servi pendant vingt et un ans dans le régiment de Berry infanterie, où il était parvenu au grade de capitaine : il avait fait les trois campagnes de Corse. Ce fut pendant cette guerre que, très-jeune encore, Simorre contracta le germe de la maladie à laquelle il a succombé après de bien longues souffrances. Il avait bivouaqué assez longtemps sur un terrain froid, marécageux et situé au bord dune rivière dont les alluvions récentes obscurcissaient sans cesse latmosphère de vapeurs épaisses et humides. Tout à coup, il ressentit, aux deux gros orteils et aux malléoles, des élancements très-aigus. Ces accidents ne furent pas plutôt disparus, que Simorre éprouva une ophtalmie très-grave ; mais elle se dissipa en assez peu de temps. Pendant plusieurs années, les douleurs dont nous avons parlé se reproduisaient chaque printemps, et ne cédaient aux moyens curatifs que pour être remplacées par lophtalmie. Bientôt, il ny avait plus dintervalle de santé, et Simorre à peine guéri de son ophtalmie que ses douleurs venaient lassaillir ; des pieds elles se portèrent aux genoux et dans les hanches, la vue saffaiblissait de jour en jour davantage. En 1785, Simorre ne put plus marcher sans le secours dun aide qui lui servait en même temps de guide. Lannée suivante, toutes les articulations furent affectées à la fois, et lankylose fit de toutes parts des progrès très-alarmants. Il fut obligé de quitter le service, et se retira à Metz. Longtemps il lutta avec courage contre sa maladie ; il sentait ses membres se raidir ; et privé de lusage de plusieurs, il bravait les souffrances, pour tâcher de les mouvoir. Les bras et la tête eurent le sort des pieds et des genoux ; le corps entier fut frappé dimmobilité ; la mâchoire inférieure elle-même, qui, chez dautres sujets, conserve ses articulations, subit la loi commune. Alors Simorre, selon ses propres expressions, ne fut plus quun cadavre vivant. Heureux encore dans une situation si affreuse, dit M. Percy, si ce cadavre avait eu linsensibilité de ceux que la vie a abandonnés! Mais, loin de jouir de ce triste repos, Simorre, qui déjà avait tant souffert, resta encore livré aux douleurs les plus atroces. Il passa quatre mois dans un fauteuil, sans quil fut possible de le transporter dans un lit. Lattitude quil y garda, détermina celle que lon remarque à son squelette, car ce fut pendant ce laps de temps que les articulations, déjà sans usage, mais par leffet de leur gonflement et de leur inflammation, plutôt que par une adhésion consommée, acquirent la solidité qui devait les rendre inutiles. Ce changement nouveau causa à Simorre les plus horribles tourments ; au moindre choc, au plus léger attouchement, il poussait des cris aigus. Il navait pas joui dun seul instant de sommeil sur ce fauteuil de douleurs. On le transporta enfin dans son lit ; mais il y passa deux ans sans dormir ; dès quil allait fermer lil, des soubresauts violents agitaient tous ses membres. Lopium fut impuissant contre un mal si cruel. En 1792, les articulations qui avaient toutes été tuméfiées, commencèrent à saffaisser, les extrémités articulaires des os, qui sétaient gonflées, se rapprochèrent de leur volume ordinaire, et les douleurs, que Simorre avait supporté avec un courage digne dun stoïcien, se calmèrent dans la même proportion. On put le remuer sans lui causer de grandes douleurs ; on le soulevait dune seule pièce, soit pour lui faire faire ses besoins, soit pour faire son lit ; mais on ne touchait que tous les mois à celui-ci, et on avait soin de ne pas effacer le creux, ou plutôt le moule où devait se placer le corps, tant il lui eût été pénible et douloureux den former un nouveau. En examinant le squelette, on verra que le coude droit devait être au-dessous du niveau du tronc, que lépine était un peu courbée, que le bassin était soulevé en avant, et que pour faire porter également ces parties sans que la masse pesât sur lune plus que sur lautre, il fallait prendre beaucoup de précautions. Les jambes formaient un angle aigu avec les cuisses ; les bras un angle presque droit avec le tronc. Les avant-bras étaient repliés sur la poitrine, et les poignets exerçaient sur elle une pression continuelle. La main droite était dans un état dadduction, et la gauche en sens contraire. Les doigts étaient écartés et ankylosés dans cette position ; ils étaient terminés par un ongle ou plutôt une corne de plus dun décimètre, disposée par lames, et dune épaisseur égale à sa longueur ; la même corne terminait chaque orteil. Ne pouvant plus mouvoir la mâchoire, il était réduit à humer des bouillons et du vin quil faisait parvenir dans la bouche par linterstice des dents dont aucune ne lui manquait. On lui arracha les deux incisives supérieures, ce qui lui procura une ouverture qui le mit dans le cas davaler des aliments plus solides, et de parler avec plus de facilité. On le nourrissait avec des hachis de viande, des purées, du pain détrempé ; on se servait dun chalumeau pour faire passer ses boissons. Délivré de ses douleurs si atroces, Simorre était néanmoins toujours souffrant ; il ne pouvait dormir plus dun quart dheure de suite ; mais il bénissait encore son sort et se consolait par des propos joyeux, par des chansons plaisantes : pendant plusieurs années de suite, il fit imprimer un almanach chantant composé sous sa dictée ; la vente de ce petit ouvrage soulageait son extrême misère. Ses chansons respiraient la gaîté ; il sy peignait souvent lui-même de manière à exciter, tout à la fois, la compassion et le rire. les muscles de sa face avaient acquis une singulière mobilité, étant sans cesse en action, soit pour suppléer, pendant la conversation, les gestes que ne pouvaient plus faire ses mains, soit pour froncer la peau et chasser les insectes qui venaient le piquer. Simorre avait une figure distinguée et une physionomie pleine dhilarité et dexpression ; ses cheveux noirs et touffus couvraient un large front que terminaient deux sourcils épais et bien arqués, son nez était aquilin, ses yeux beaux. Cette tête philosophique, dit M. Percy, composait seule toute la vie, toute lexistence de Simorre. La poitrine, percutée, résonnait comme un ballon. Dans la respiration, on nobservait pas la moindre locomotion de la part des côtes ni de celle du sternum. Les poumons refoulaient les viscères du bas-ventre sur eux-mêmes, comme pour regagner sur cette cavité lespace quils ne pouvaient plus obtenir de la leur. Les inspirations étaient toujours fortes et bruyantes ; le pouls battait de soixante à soixante-cinq fois par minute. Les digestions étaient bonnes, il ny avait jamais de sueur, les selles et les urines étaient abondantes. Il fallait, pour les rendre, que Simorre eût un aide ; cétait une femme : quelquefois, lorgane extérieur qui sert à la dernière de ces fonctions, se montrait encore propre à en accomplir une autre. Les membres de ce malheureux étaient dune maigreur extrême, une peau mince et glabre, collée à des muscles atrophiés, les enveloppait dune manière si étroite, quil eût été impossible dy trouver un vide ni de faire un pli. Lurine de Simorre a été analysée, on ny a jamais trouvé le moindre vestige de lacide phosphorique libre ; toujours il y a été combiné avec une ou plusieurs bases alcalines, doù la chaux se précipitait sous la forme de phosphate calcaire neutralisé, et lalcali caustique sous celle de phosphate dammoniaque : il y avait chez le malade, conclut M. Percy, aberration de cet acide (le phosphorique), et cétait sans doute sur les articulations quil sétait dévié. De là la succession des phénomènes dont nous avons rendu compte ; de là la tuméfaction, les douleurs extrêmes de |