paréiasaure éditions catalogue généralcatalogue alphabétiquecatalogue thématiqueliens, etc.

 

Art-theif/Creator's home page: Jeff's Web Site

 

 

Joséphin Péladan, articles parus dans la Revue hebdomadaire 1900-1913.

 
 
SALON D'AUTOMNE 1913 (extraits).
 
 
Salon d'automne 1913
C'est de Munich, à l'Exposition internationale du Palais de Cristal, ou en Suisse, au Salon Fédéral, ou d'Amsterdam, au Musée municipal, qu'on peut juger de l'influence qu'exerce le Salon d'Automne. Quelle puissance de contagion! L'Europe entière est infestée.
Cherchons l'explication du phénomène.
D'où sort l'armée de l'émeute?
Il n'y a qu'une minute, la rue était honnête, paisible, avec ses passants ordinaires. Soudain, d'étranges individus, jaillis d'entre les pavés, sont apparus ; ils se reconnaissent, se comptent, se groupent : le crime a mobilisé ses troupes. Elles sont prêtes pour le pillage, l'incendie et le massacre : c'est le grand soir et le chambardement va commencer.
D'où sort la légion des barbouilleurs?
A peine le Salon d'Automne avait sonné le clairon de l'anarchie, que tous les paresseux, tous les ignares, tous les ratés se sont levés : leur règne arrivait, et l'art avait sa Commune ; et, inconcevabilité, l'État offrait l'hospitalité à un Salon de fédérés. Ceux-ci se justifient de la même façon que leurs pères insurrectionnels de 1870 : l'art a été trahi par l'Institut et par l'École, et l'insurrection manifeste les consciences indignées. Il y a de tout dans cette foule : même des gens qui prétendent peindre une tête à la fois de face et de profil. Ils sont fous ou ils se moquent. Un cube est un parallélépipède dont les douze arêtes sont égales ou dont les six faces sont des carrés. L'individu qui prétend montrer dans une seule figure ces douze arêtes ou ces six faces simultanément, est traité sur le même pied que ceux qui sont officiellement les maîtres, professeurs et dignitaires de l'institut et de la Légion d'honneur. Ces folies et ces farces s'exhibent aux mêmes cimaises que les œuvres des patentés et décorés. Dans un palais national, la garantie du gouvernement met sur le pied d'égalité membres de l'institut et cubistes.
A Bruxelles, l'Académie a des salles qu'on donne gratuitement à tout groupe d'artiste qui en fait la demande : mesure large et propice à la liberté de l'art. A Paris, quand on a demandé quatre murs pour une exposition idéaliste, l'Administration a ri au nez du quémandeur. Qu'on comprenne bien ma pensée : je ne blâmerais pas l'État de mettre une salle à la disposition de tous les groupements d'art, quels qu'ils soient ; je le blâme de réserver exclusivement ses palais aux fédérés, c'est-à-dire aux ennemis de l'ordre, aux insurgés contre les règles.
...
" Plus laid que nature " Quelle devise et à quoi sert un art semblable? Est-il possible qu'on le fasse, que d'autres le subissent. Les Automnaux me paraissent des monstres : car notre sensibilité n'est ni éteinte ni amoindrie. Le président de la République, en refusant d'assister à une tauromachie, a fait un geste admirable, au point de vue de la civilisation ; il a donné une leçon d'humanité dont la provence peut prendre sa part et qui lui assure, en dehors de sa vie politique, une physionomie devant l'esthétique. Car il serait puéril de ne saluer la beauté que dans les choses du dessin et de ne pas l'admirer dans les actes. Sur ce point, les platoniciens sont explicites, et le grief majeur contre le Salon des fédérés, c'est son caractère de mauvaise action, son imposture. Il vous montre des horreurs qui n'existent pas et que des malades ou des cyniques inventent, comme certains estropient leurs enfants pour attirer l'obole publique. Imitons notre président, refusons d'aller aux Automnales, comme il a refusé d'aller à l'immonde spectacle, maudit par tous les papes, tant et si bien que, suivant les canons, les acteurs et les spectateurs sont tous excommuniés et qu'il n'est pas un confesseur qui puisse déclarer vénielle la présence sur les plazas.
" Si vous ne souffrez pas à la vue du laid, vous perdez, dès ce moment, le sens du Beau. " Celui qui a écrit cette sentence est un tel homme que seuls les sauvages et les barbares passent outre ses lumineuses lois. Il fallait piétiner un crucifix pour être reçu au sabbat, il faut mettre le pied sur Platon pour entrer au Salon d'Automne. Des hommes ignares l'oseront. Du moins que les femmes et les jeunes filles s'écartent et ne salissent pas leurs beaux yeux, leurs yeux suaves de fiancée : que tous les beaux yeux se refusent à ce salissement, pour obéir à Platon et à cette hygiène supérieure qui prescrit de fuir les pestiférés. Le Salon d'Automne est un foyer d'infection mentale.